Accompagnée par
Marie-Christine Drouin


Bonjour à tous,


À 9 h 05 ce matin, les roues de notre avion touchent la piste de l’aéroport de Zurich avec une heure d’avance! Après une nuit où certains ont dormi davantage que d’autres — inutile de demander des noms! — nous voici officiellement en Suisse.

Les voyageurs installés près d’un hublot ont déjà eu droit à un premier aperçu du pays : des villages aux toits serrés, des terres soigneusement découpées et, à l’horizon, les premières silhouettes des Alpes.


Une fois les formalités terminées, un premier soulagement collectif parcourt le groupe : les valises ont suivi le même itinéraire que nous!


Dans le hall des arrivées, Éric et moi retrouvons avec beaucoup de bonheur Claude, notre guide, ainsi que Yves et Yolande qui nous ont devancés et sont à Zurich depuis quelques jours. Ne manquait plus que Agnès notre “conductrice” c’est ainsi qu’on les appelle ici. Notre belle équipe est formée et nous sommes fins prêts pour amorcer notre périple.


La fatigue se lit encore sur quelques visages, mais les premières maisons aux balcons fleuris, les pâturages d’un vert presque irréel et les clochers qui ponctuent les villages suffisent à garder tout le monde éveillé.


À l’approche de Lucerne, le paysage prend du relief. Les collines prennent de la hauteur et le lac des Quatre-Cantons apparaît entre deux ouvertures. Avec ses nombreux bras qui s’enfoncent entre les montagnes, il ressemble par endroits à un fjord.


Au-dessus de nous se dresse maintenant le mont Pilate, dont le point culminant, le Tomlishorn, atteint 2 128 mètres.

L’origine du nom Pilatus demeure incertaine, mais la légende la plus célèbre l’associe à Ponce Pilate. Selon une ancienne croyance, son corps aurait été jeté dans un petit lac de la montagne. Son esprit, lorsqu’il était dérangé, aurait déclenché de violents orages sur Lucerne et ses environs. Pendant longtemps, les habitants évitèrent donc soigneusement le sommet.

Heureusement pour nous, la superstition a fini par céder sa place aux randonneurs… et aux ingénieurs ferroviaires!

À Alpnachstad nous attend notre premier train du voyage : le Pilatusbahn, le chemin de fer à crémaillère le plus raide du monde. Il faut y monter pour le croire. La pente atteint parfois 49%, c’est costaud!

Sur le quai, le petit train rouge paraît bien inoffensif. Pourtant, à peine avons-nous quitté la gare que la voie commence sérieusement à s’élever.

« Est-ce que nous allons vraiment monter là-haut? » Oui, oui… nous confirme Claude.


Dans la voiture, les voyageurs se rapprochent des fenêtres. Quelques-uns photographient chaque virage comme s’ils craignaient de perdre une seule seconde de cette première ascension alpine. En moins de 30 minutes, le train franchit un dénivelé de 1 635 mètres. Par endroits, la pente atteint même 49 % Malgré cette inclinaison impressionnante, l’ascension demeure lente et étonnamment stable.


À Pilatus Kulm, à plus de 2 000 mètres d’altitude, nous découvrons un tout autre univers. En septembre, le contraste peut être saisissant. Au bord du lac, les températures peuvent encore atteindre une quinzaine de degrés, parfois même près de 20 °C. Au sommet, il faut plutôt s’attendre à quelques degrés seulement, souvent entre 4 et 10 °C, sans compter le vent.

Les manteaux se referment, les foulards sortent des sacs et certains voyageurs constatent avec satisfaction qu’ils ont bien écouté les conseils reçus avant le départ. Vivement les pelures d’oignons.


Le lac des Quatre-Cantons déploie son romantisme à travers ses bras entre les montagnes. Lucerne apparaît, minuscule, au fond de la vallée, tandis que les sommets enneigés se succèdent jusqu’à l’horizon. Les appareils photo travaillent sans relâche et le vent se charge de nous décoiffer, bien que nous le sommes pas mal déjà après une nuit à bord de l’avion!


Histoire de varier les moyens de transports alpins, nous redescendons par l’autre versant. Cette fois, le rail cède sa place au câble. Le téléphérique Dragon Ride nous transporte jusqu’à Fräkmüntegg dans un premier temps. Avec ses grandes fenêtres panoramiques, la cabine donne presque l’impression de survoler la montagne. À Fräkmüntegg, nous changeons de poursuivons la descente en télécabine panoramiques plus petite vers Kriens. Les parois rocheuses font progressivement place aux forêts, puis aux pâturages et aux premières maisons. Nous entendons les premiers sons des cloches à vache si typique de la Suisse. Nous aurions voulu figer e temps : la vue du lac, les montagnes qui l’entourent, le son des cloches au cou des vaches, le vert des paturages, la lumière de septembre, le silence du téléphérique. C’est le cas de le dire, un moment suspendu !


Train à crémaillère à la montée, téléphérique et télécabine à la descente : la Suisse vient de nous offrir une première leçon de mobilité alpine. “Ici, les montagnes ne sont pas des obstacles; elles font partie du chemin”


Nous retrouvons Agnès qui nous attend avec l’autocar et prenons la direction de Stansstad, paisiblement installé au bord du lac des Quatre-Cantons. Notre hôtel Winkelried sera notre maison pour les deux prochaines nuits.


Quel bonheur de retrouver nos valises et de prendre une bonne douche. Le souper déjà festif, est animé de rires et de conversations de nos péripéties de la journée ! Non, non, vous n’en saurez rien ! Mais comme les yeux commencent doucement à trahir la nuit écourtée dans l’avion, nous regagnons nos quartiers.


Nous pouvons déjà confirmer une chose : la Suisse n’a pas perdu de temps pour nous impressionner. À notre première journée, elle nous a fait passer de la piste d’un aéroport à une voie ferrée inclinée à 48 %, puis du sommet d’une montagne à une cabine suspendue dans les airs.


Demain, nous prendrons la direction de l’Oberland bernois pour rencontrer trois géants : l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau. Un autre train nous conduira jusqu’à la plus haute gare ferroviaire d’Europe après avoir pris le train à crémaillère le plus pentu d’Europe.


La minute ferroviaire – Le Pilatusbahn a du mordant


Mis en service à vapeur le 4 juin 1889, le Pilatusbahn relie Alpnachstad à Pilatus Kulm sur une ligne de seulement 4,618 kilomètres.


Mais ne vous fiez pas à cette courte distance : le train franchit un dénivelé de 1 635 mètres, avec une pente moyenne de 38 % et une inclinaison maximale de 48 %. Il demeure encore aujourd’hui le chemin de fer à crémaillère le plus raide du monde.

À la fin du XIXe siècle, plusieurs spécialistes jugeaient le projet irréalisable. Sur une pente aussi forte, les systèmes existants risquaient de se désengager du rail central.


L’ingénieur suisse Eduard Locher trouva la solution : deux roues dentées horizontales viennent mordre les deux côtés d’un rail central. Ce système empêche le train de se soulever ou de glisser hors de la crémaillère. Plus la pente s’accentue, plus on apprécie son invention!

Quelques chiffres à inscrire dans notre carnet ferroviaire :

  1. Longueur de la ligne : 4,618 kilomètres
  2. Dénivelé : 1 635 mètres
  3. Pente maximale : 48 %
  4. Durée de l’ascension : environ 27 minutes
  5. Vitesse maximale en montée : 15 kilomètres à l’heure
  6. Écartement des rails : 800 millimètres

Mise en service : 1889

  1. Électrification : 1937
  2. Nouvelles voitures panoramiques : 2023

Quant au Dragon Ride, il franchit près de 647 mètres de dénivelé en moins de quatre minutes. Ses deux cabines peuvent accueillir chacune 55 passagers, en plus de l’opérateur.


À demain,

Marie-Christine, Éric et leurs voyageurs, heureux d’avoir pris de la hauteur