Jour 7 – 15 juillet
Si jamais des photos se retrouvent en double, c'est que j'ai un peu de difficulté avec le téléchargement malgré que l'internet est vraiment très acceptable surtout lorsque l'on pense à l'endroit où nous sommes sur le globe.
Plus qu'une nuit avant le pôle Nord
Le grand jour approche.
Ce matin, en ouvrant les rideaux de notre cabine, nous étions toujours entourés par l'immensité blanche de la banquise. Une autre journée de navigation nous attendait, mais elle nous réservait une magnifique surprise.
La journée a débuté par une rencontre avec notre chef d'expédition. Son annonce a immédiatement fait monter l'enthousiasme à bord.
Grâce à une navigation exceptionnelle, notre commandant nous a expliqué que nous avions gagné plusieurs heures sur notre horaire. Les conditions de glace étaient particulièrement favorables et les courants marins nous avaient permis de progresser plus rapidement que prévu vers notre objectif ultime : le 90° Nord, le pôle Nord géographique.
Puisque nous étions en avance sur notre itinéraire, l'équipe d'expédition a décidé d'ajouter une première sortie en Zodiac dès cet après-midi.
Lors de cette rencontre, nous avons reçu toutes les consignes de sécurité nécessaires. Cette première excursion ne serait pas encore un débarquement sur la glace, mais bien une navigation au cœur de la banquise afin de nous familiariser avec cet environnement unique.
Par la suite, nous avons assisté à une conférence fascinante donnée par notre commandant, Patrick Marchesseau, accompagné de son chef mécanicien. Tous deux nous ont ouvert les coulisses du Commandant Charcot, ce navire exceptionnel qui est bien plus qu'un simple bateau de croisière.
Construit spécialement pour les régions polaires, le Commandant Charcot est le premier navire d'exploration de luxe capable d'atteindre le pôle Nord géographique de façon régulière. Il appartient à la catégorie des brise-glaces polaires les plus performants au monde, avec une classification Polar Class 2 (PC2), ce qui lui permet de naviguer dans des glaces très épaisses, là où très peu de navires civils peuvent s'aventurer.
Sa propulsion est également révolutionnaire. Le navire fonctionne grâce à une propulsion électrique alimentée principalement par du gaz naturel liquéfié (GNL), une énergie qui réduit considérablement les émissions atmosphériques par rapport aux carburants marins traditionnels. Il est également équipé d'un important système de batteries électriques qui lui permettent d'effectuer certaines manœuvres dans un silence presque complet et avec une consommation d'énergie optimisée.
Le Commandant Charcot mesure près de 150 mètres de longueur, développe une puissance d'environ 45 mégawatts, et ses puissants moteurs électriques entraînent deux hélices capables de briser ou de repousser la glace avec une étonnante efficacité. Tout a été pensé afin de limiter son empreinte environnementale tout en offrant un niveau de confort exceptionnel.
Notre commandant nous racontait également que plusieurs gardes côtières, notamment canadienne et américaine, se sont intéressées à cette nouvelle génération de brise-glaces. Les innovations technologiques développées pour le Commandant Charcot inspirent aujourd'hui la conception de futurs navires polaires destinés à leurs propres missions dans l'Arctique.
Je vous ai ajouté plusieurs photos de la conférence pour ceux qui s'intéresseraient à cette construction unique.
Après cette passionnante conférence, j'ai eu le plaisir de discuter avec Coline, spécialiste des expéditions Ponant. Notre conversation n'a fait qu'alimenter de nouveaux rêves de voyages. Les prochaines années s'annoncent riches en découvertes, avec de nouveaux itinéraires extraordinaires qui viendront certainement s'ajouter à ceux que j'aurai le bonheur de vous proposer.
Le dîner, toujours aussi raffiné, fut partagé dans une ambiance détendue pendant que, derrière les immenses baies vitrées, la glace continuait lentement de défiler.
Puis est arrivé le moment tant attendu.
Vers 15 heures, bien emmitouflés dans nos équipements d'expédition, nous nous sommes d'abord retrouvés tous ensemble dans le salon d'embarquement du pont 3, où nous avons attendu l'appel de notre groupe. Les embarquements se font par Zodiacs de neuf passagers, accompagnés d'un naturaliste qui agit à la fois comme guide, conducteur et interprète de ce fascinant environnement polaire.
Et comme si l'Arctique voulait nous souhaiter officiellement la bienvenue… la neige s'est mise à tomber.
Sous cette fine neige, avec un soleil qui ne se couchera pas puisque nous vivons sous le régime du soleil de minuit, nous avons vécu notre toute première véritable immersion dans l'univers polaire.
Notre conductrice de Zodiac, Angélique, également naturaliste, nous a guidés pendant près d'une heure entre les plaques de glace.
Quel spectacle!
Chaque plaque de banquise, chaque amoncellement de glace sculpté par les vents et les courants semblait posséder sa propre personnalité. Les nuances de blanc, de bleu et de turquoise variaient selon l'épaisseur de la glace, la lumière et les fissures emprisonnant parfois de l'air depuis des années. Nous avons appris à reconnaître différents types de glace, à comprendre leur formation et à observer ce paysage vivant qui change constamment sous l'effet des vents et des courants.
Ce qui était particulièrement agréable, c'est que les différents Zodiacs demeuraient relativement près les uns des autres. À un certain moment, notre guide Angélique et Jennifer, qui conduisait le Zodiac voisin, ont rapproché leurs embarcations afin que nous puissions immortaliser ce moment. Nous avons alors pris une magnifique photo des deux Zodiacs naviguant côte à côte, remplis des voyageurs de Voyage Louise Drouin, tous vêtus de leurs superbes parkas jaune orangé du Commandant Charcot.
Impossible de ne pas sourire devant cette scène! Lors de ma précédente expédition à bord du Charcot, nous nous étions amusés à nous surnommer « les petits poussins », en raison de la couleur éclatante de nos manteaux. Ce surnom est revenu tout naturellement aujourd'hui, et il était bien amusant de nous revoir tous ensemble, le sourire aux lèvres, partageant ce moment absolument unique.
Le silence était tout simplement saisissant.
Seuls les craquements de la glace, le souffle du vent et le ronronnement discret de notre Zodiac venaient troubler cette immensité.
Au retour à bord, comme toujours, l'équipe de Ponant nous attendait avec une délicieuse boisson chaude — thé, tisane ou autre breuvage réconfortant — afin de nous réchauffer après notre excursion.
Mais rassurez-vous, les conditions étaient idéales! La température affichait aujourd'hui 0 °C, une température étonnamment confortable pour une sortie en Zodiac… et, oserais-je dire, probablement plus agréable que celle que connaissent plusieurs d'entre vous au Québec en ce moment!
Cette première sortie nous a permis de prendre toute la mesure de ce qui nous attend demain.
En revenant à bord, nous avons assisté à la traditionnelle récapitulation de la journée avec les naturalistes, toujours passionnés de partager leurs connaissances et leurs observations.
La journée s'est terminée autour d'un excellent souper, dans notre salle à manger panoramique, tandis que le Commandant Charcot poursuivait lentement sa route à travers la banquise.
Il est difficile de réaliser que, lorsque nous nous réveillerons demain matin, il ne restera plus que quelques heures avant d'atteindre ce lieu mythique que tant d'explorateurs ont rêvé de rejoindre.
Une seule nuit nous sépare désormais du pôle Nord géographique.
Un brin d'histoire polaire
Aujourd'hui, impossible de ne pas rendre hommage aux ingénieurs, architectes et marins qui ont rendu une telle aventure possible.
Pendant des siècles, les explorateurs devaient contourner les glaces, attendre leur ouverture ou accepter d'y passer l'hiver, prisonniers de la banquise. Les navires en bois de Nansen, de Charcot ou d'Amundsen étaient de véritables chefs-d'œuvre pour leur époque, mais ils demeuraient à la merci de la pression des glaces.
Le Commandant Charcot marque une nouvelle étape dans l'histoire de l'exploration polaire. Il ne lutte plus contre la glace : il a été conçu pour naviguer avec elle, en la respectant. Sa coque renforcée, sa propulsion électrique de très forte puissance et son utilisation du gaz naturel liquéfié en font l'un des navires polaires les plus innovants jamais construits.
En l'écoutant aujourd'hui, notre commandant nous rappelait que ce navire n'est pas seulement un exploit technologique. Il est aussi un formidable laboratoire flottant qui permet d'explorer les régions polaires tout en réduisant au maximum son impact sur cet environnement exceptionnel.
Le saviez-vous?
Les naturalistes nous ont appris aujourd'hui à lire le ciel de l'Arctique, une technique que les explorateurs utilisent depuis des siècles.
Lorsque le dessous des nuages prend une teinte très blanche, les explorateurs parlent d'ice blink (miroitement de glace). Cette lumière est réfléchie par la banquise et éclaire les nuages, révélant ainsi la présence de glace, parfois bien au-delà de l'horizon.
À l'inverse, lorsque le ciel paraît plus sombre, gris foncé ou presque noir, on observe le phénomène appelé water sky (ciel d'eau). Cette coloration indique la présence d'eau libre, car l'océan absorbe beaucoup plus la lumière que la glace et réfléchit donc beaucoup moins de lumière vers les nuages.
Bien avant les satellites, les radars et les images météorologiques, les explorateurs comme Fridtjof Nansen, les capitaines de brise-glaces et les chasseurs inuits lisaient le ciel comme une véritable carte. En observant simplement la couleur des nuages à l'horizon, ils pouvaient savoir où se trouvaient les chenaux d'eau libre ou, au contraire, les immenses champs de banquise encore invisibles depuis leur position. Aujourd'hui encore, les équipages polaires utilisent ces précieux indices que la nature leur offre.
Une réflexion pour terminer cette journée…
À mesure que nous avançons vers le 90° Nord, je réalise que les grands explorateurs n'auraient probablement jamais imaginé qu'un jour, un navire comme le Commandant Charcot permettrait d'atteindre ces latitudes avec autant de sécurité, de confort et de respect pour l'environnement.
Demain, nous toucherons ce point mythique que tant d'hommes ont cherché pendant des siècles.
Et pourtant, comme l'aurait certainement pensé Jean-Baptiste Charcot, ce n'est pas seulement l'arrivée qui compte. C'est tout ce que le voyage nous a appris en chemin. Les paysages, les rencontres, les connaissances partagées et les émotions vécues donnent tout son sens à cette aventure. Le pôle Nord sera un point sur la carte… mais les souvenirs que nous sommes en train de créer, eux, nous accompagneront pour toujours.
Et oui, demain j'aurai atteint le Pôle Nord, quelle belle aventure nous vivons!
Louise





















































































































