Accompagnée par
Louise Drouin
Villes visitées
Casablanca, Rabat, Volubilis, Fès, Marrakech, Gorges du Dades, Gorges du Todra, Sahara, Taghazout, Targant

En direct du Maroc, où chaque journée est une découverte, je vous partage notre belle aventure…

Le jour s’est levé doucement sur Rabat, comme une promesse silencieuse. Nous avons ouvert les yeux vers 7 h, encore enveloppés par les effets du décalage horaire, mais reposés, profondément reposés. En tirant les rideaux, la ville s’est dévoilée sous une lumière dorée, presque irréelle. L’air était frais — 14, peut-être 15 degrés — mais déjà, le soleil annonçait sa présence. Ici, il ne se contente pas d’éclairer, il transforme. À peine sortis, nous avons senti la douceur s’installer, jusqu’à atteindre cette température parfaite d’environ 20 degrés. Mais il suffit d’un pas dans l’ombre pour retrouver la fraîcheur — un équilibre subtil que Rabat nous apprend dès les premières heures.

Rabat ne se révèle pas brusquement, elle s’apprivoise. Fondée au XIIe siècle sous la dynastie almohade, elle est devenue capitale du Maroc en 1912, sous le protectorat français, et elle l’est restée après l’indépendance du pays en 1956. Ville politique et administrative, elle incarne aujourd’hui le pouvoir du royaume, mais sans jamais perdre sa douceur. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Rabat séduit par son harmonie : larges avenues modernes, médina paisible, remparts historiques, jardins soigneusement entretenus. Bordée par l’océan Atlantique et traversée par le fleuve Bouregreg, qui la sépare de Salé, elle offre une qualité de vie presque méditative.

Le Maroc lui-même est un pays fascinant, carrefour entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe. Monarchie constitutionnelle dirigée aujourd’hui par le roi Mohammed VI, il puise sa richesse dans une histoire millénaire façonnée par les Berbères, les Arabes et les influences andalouses. C’est un pays de contrastes : entre désert et océan, montagnes et villes impériales, traditions profondes et modernité assumée. Et déjà, à travers Rabat, nous commencions à en ressentir toute la complexité et la beauté.

Notre chauffeur nous attendait, fidèle au rendez-vous. Nous avons pris place dans l’autobus, impatients mais sereins, prêts à découvrir. Mounsef, notre guide local, nous a rejoints, aux côtés de Patrick. Très vite, leurs voix ont commencé à donner du relief à la ville, à transformer les paysages en récits, les monuments en mémoire vivante.

Notre première destination fut le mausolée Mohammed V.

Mais avant même d’y entrer, un spectacle nous a arrêtés. Sur l’esplanade, des gardes à cheval se tenaient fièrement. Leurs costumes traditionnels étaient somptueux, richement décorés, éclatants sous le soleil. Les chevaux, magnifiquement entretenus, semblaient presque sculptés tant leur prestance était impressionnante. Il y avait dans cette scène quelque chose de noble, d’intemporel. Nous avons pris le temps de regarder, de photographier, d’admirer. C’était comme une porte d’entrée visuelle vers l’âme du Maroc.

Puis le mausolée s’est révélé.

D’une blancheur éclatante, il s’imposait avec élégance. Construit dans les années 1960, il abrite le tombeau du roi Mohammed V, figure clé de l’indépendance du Maroc, ainsi que ceux de ses fils, dont Hassan II. Le marbre blanc reflète la lumière avec intensité, le toit vert domine avec symbolisme, et chaque détail — mosaïques, bois sculpté, calligraphies — témoigne d’un artisanat d’exception. À l’intérieur, le silence s’impose naturellement. Il invite au respect. Juste en face, la Tour Hassan, minaret inachevé du XIIe siècle, rappelle les ambitions passées d’une grande mosquée jamais achevée. Le lieu est à la fois grandiose et profondément apaisant.

Nous avons ensuite poursuivi vers le Palais Royal.

En approchant, notre regard a été attiré par la présence des gardes, disposés avec une précision remarquable. Mounsef nous a expliqué qu’ils ne représentent pas une seule unité, mais bien plusieurs composantes des forces armées marocaines : l’armée de terre, la marine royale, l’armée de l’air et d’autres corps encore. Tous sont réunis ici, devant le palais, dans une représentation symbolique forte de l’unité du pays.

Leur posture est impeccable, presque immobile, empreinte d’une discipline impressionnante. Chaque uniforme est différent, révélant une fonction, une spécialisation, une identité. Les couleurs, les insignes, les détails… tout est codifié.

À l’entrée du palais, quelques gardes à cheval ajoutent une dimension encore plus majestueuse. Leur présence, plus traditionnelle, contraste avec les gardes à pied et crée un équilibre entre héritage et modernité.

Ce n’est pas seulement un dispositif de sécurité. C’est une mise en scène discrète mais puissante de la cohésion nationale. En les observant, on ressent à la fois le respect, la rigueur et la fierté.

Puis, comme une respiration dans cette journée riche, nous avons rejoint le fleuve Bouregreg pour le déjeuner.

Installés à bord d’un dhow, un bateau traditionnel en bois transformé en restaurant, nous avons savouré un moment suspendu. Devant nous, la médina. Plus loin, notre hôtel. L’eau apportait une douceur particulière à l’instant. Le repas fut délicieux : une entrée d’aubergines savoureuses, des gambas parfaitement préparées accompagnées de frites, et une tarte tatin tiède, croustillante et réconfortante. Un moment simple, mais parfaitement équilibré.

L’après-midi s’est poursuivi dans la médina.

Ici, tout invite à ralentir. Les ruelles sont calmes, les maisons blanches parfois rehaussées de bleu, les portes travaillées avec soin. On ne se presse pas, on observe, on ressent.

Puis, au détour d’un passage, la vue s’ouvre soudain.

L’Atlantique apparaît, immense, profond, presque infini. Et en contrebas, Rabat s’étend, paisible, baignée de lumière. Un moment suspendu. Le genre d’instant où l’on s’arrête sans parler, où l’on mesure simplement la chance d’être là.

En fin de journée, le retour à l’hôtel s’est fait doucement. Le temps de revoir les photos, de revivre les instants, de laisser les émotions s’ancrer.

Et ce soir, sur le toit du Fairmont, un cocktail nous attend encore une fois, avec Rabat illuminée en toile de fond.

La ville semble alors encore plus calme, presque intime.

Une journée s’achève…

mais Rabat, elle, commence à peine à nous habiter.

Louise