Accompagnée par
Louise Drouin
Villes visitées
Paris, Giverny, Longyearbyen, navigation Banquise

16 juillet – Une journée mémorable : le pôle Nord, enfin!

Cette journée du 16 juillet restera gravée dans nos mémoires. C’est aujourd’hui que le Commandant Charcot devait atteindre le mythique pôle Nord géographique, le célèbre 90° Nord.

Au réveil, le ciel est voilé et nous poursuivons notre navigation à travers la banquise, alternant entre les plaques de glace et les grandes étendues d’eau libre. Je ne m’attendais pas à vivre une telle émotion en arrivant au sommet du monde. J’étais heureuse, bien sûr, d’atteindre enfin ce lieu mythique, mais cette joie était teintée d’une certaine tristesse.

C’est ma toute première expérience au pôle Nord et, dans mon imaginaire, j’y voyais une immense étendue de glace compacte, beaucoup plus dure et beaucoup plus épaisse, surtout à l’approche du 90e parallèle. Pourtant, même à seulement quelques milles de notre destination, l’eau est encore très présente.

Impossible de ne pas penser au réchauffement climatique. Cette réalité, dont on entend si souvent parler, prend soudain un visage bien concret lorsqu’elle se trouve devant nos yeux. Nous sommes à bord de la première expédition du Commandant Charcot au pôle Nord en 2026, donc à la période la plus froide de la saison. Deux autres expéditions suivront la nôtre dans les prochaines semaines. Je suis donc sincèrement surprise, et même attristée, de constater une telle présence d’eau si près du sommet du monde.

Avant d’atteindre le pôle Nord, l’équipage nous avait réservé une activité bien particulière : l’essai des combinaisons de survie polaire. Pour ceux qui se souviennent des Télétubbies, je vous garantis que les photos vous feront bien rire! Une fois vêtus de ces immenses combinaisons, nous leur ressemblions étonnamment. Les éclats de rire étaient au rendez-vous.

Mais derrière cette activité amusante se cachait une démonstration extrêmement sérieuse. Naviguer dans les régions les plus isolées de la planète exige une préparation hors du commun, et PONANT n’a rien laissé au hasard. Le Commandant Charcot est équipé d’un véritable camp de survie polaire, spécialement conçu pour faire face à une situation d’urgence exceptionnelle.

Si une évacuation devait un jour devenir nécessaire, les passagers et les membres de l’équipage pourraient être installés dans des tentes polaires spécialement développées pour résister aux conditions extrêmes de l’Arctique. Ces abris sont conçus pour être rapidement déployés sur la banquise ou sur la terre ferme afin d’offrir une protection efficace contre le froid intense et les vents violents.

Tout cet équipement a été pensé pour permettre à l’ensemble des personnes à bord de survivre pendant environ cinq jours. Ce délai n’a pas été choisi au hasard. Lorsque le Commandant Charcot navigue près du pôle Nord, il peut se trouver à plusieurs centaines de kilomètres de toute base de secours.

Même avec les moyens les plus performants — brise-glaces, avions ou hélicoptères — une intervention peut prendre plusieurs jours en raison des immenses distances à parcourir, des conditions météorologiques parfois extrêmes, du brouillard, des glaces dérivantes ou encore des vents violents. Le principe est donc de permettre aux passagers et aux membres de l’équipage de demeurer autonomes pendant environ cinq jours, grâce aux tentes, aux combinaisons de survie et à tout le matériel nécessaire, en attendant l’arrivée des équipes internationales de recherche et de sauvetage.

Les combinaisons que nous avons essayées ne sont d’ailleurs pas les parkas utilisées lors des excursions. Ce sont de véritables combinaisons de survie, conçues pour conserver la chaleur du corps, couper complètement le vent et offrir une isolation thermique maximale. Dans un environnement aussi hostile, elles peuvent littéralement sauver des vies.

L’essayage s’est rapidement transformé en une partie de plaisir. Tout le monde s’est prêté au jeu avec beaucoup d’enthousiasme. Enfiler ces impressionnantes combinaisons est loin d’être aussi simple qu’on pourrait le croire! Entre les fermetures éclair parfaitement étanches, les manches récalcitrantes et les mouvements très limités une fois la combinaison enfilée, le défi était bien réel.

Les photos parleront d’elles-mêmes! Elles témoignent autant des éclats de rire que du sérieux de cette préparation. Cet exercice nous a surtout permis de réaliser jusqu’où PONANT pousse les mesures de sécurité afin d’offrir à ses passagers une tranquillité d’esprit exceptionnelle.

À la suite de cette activité, nous avons assisté à une conférence présentée par un photographe belge, Mike Louagier. Il nous a partagé plusieurs excellents conseils pour réussir nos photos dans les paysages entièrement blancs des régions polaires. Un atelier très intéressant, illustré par de magnifiques clichés, notamment de superbes ours polaires.

Puis l’excitation est montée d’un cran. Avant le dîner, nous approchions tranquillement du 90° Nord et l’équipage entretenait le suspense. Je suis montée à la passerelle où j’ai aperçu le commandant Marchesseau et ses officiers, concentrés devant leurs instruments de navigation. Tout le monde surveillait attentivement les derniers calculs qui nous conduisaient au sommet du monde.

Nous sommes ensuite descendus, bien emmitouflés, sur le pont de l’héliport. Vous remarquerez sur les photos le magnifique hélicoptère embarqué à bord. Petite fierté canadienne : il est piloté par un équipage comprenant une cheffe mécanicienne québécoise ainsi qu’un pilote canadien. Cela nous a fait bien plaisir de découvrir cette présence canadienne à bord.

Puis le grand moment est enfin arrivé.

Au passage du 90° Nord, des fumerolles rouges et bleues ont été lancées dans les airs, aux couleurs de la France et de PONANT. Les appareils photo crépitaient de partout et l’émotion était palpable.

Et là… une véritable surprise digne des plus grands spectacles!

Comme sur une scène de théâtre, une plateforme s’est élevée depuis les profondeurs du navire. Une partie de l’équipe de restauration est apparue avec les tables déjà dressées, les bouteilles de champagne, les verres bleus orchestrés pour former le chiffre « 90 » et tout le nécessaire pour célébrer cet instant historique. Sans oublier le caviar qui était servi généreusement!

Le saxophoniste jouait sur le pont, la musique résonnait dans l’air polaire, l’ambiance était festive et l’immense affiche « 90° Nord » trônait fièrement derrière nous. Tout était parfaitement orchestré. Ils sont bien préparés, bien rodés, et chaque détail semblait avoir été pensé pour rendre ce moment absolument magique.

Ce que l’on aurait normalement fait sur la terre ferme, nous l’avons d’abord célébré à bord du navire.

Mais PONANT nous réservait une autre surprise.

En après-midi, le navire s’est déplacé légèrement afin de rejoindre une banquise suffisamment solide pour accueillir tous les passagers, le personnel et l’équipement en toute sécurité. Ce n’était peut-être pas exactement au point précis du 90° Nord, puisque la glace dérive continuellement, mais nous en étions tout près.

C’est là que nous avons enfin pu poser les pieds sur la banquise du pôle Nord.

Quel moment extraordinaire!

Les photos se sont multipliées. Nous avons découvert les panneaux indiquant les distances vers plusieurs villes du monde — Ottawa, par exemple, se trouvait à 4 956 kilomètres de nous — et Sophie s’est encore une fois amusée à immortaliser ces paysages d’une blancheur presque irréelle. Certaines de ses photos pourraient facilement devenir de magnifiques toiles.

Une fois tous réunis sur la banquise, nous avons formé, grâce à une chaîne humaine, le chiffre 90. Nous avons bien hâte de recevoir les photos officielles pour vous montrer le résultat.

Nous avons également bien ri grâce à notre sympathique directrice de croisière, Maria, originaire d’Espagne. La veille, tout le navire, ou presque, était réuni devant les écrans pour suivre la demi-finale de la Coupe du monde masculine opposant la France à l’Espagne.

Vous imaginez facilement l’ambiance! À bord d’un navire français, les encouragements étaient largement en faveur de la France, tandis que Maria défendait fièrement les couleurs de son pays. Elle avait lancé, à la blague, que si l’Espagne l’emportait, elle viendrait célébrer notre arrivée au pôle Nord vêtue de sa robe de flamenco.

Promesse tenue!

Maria est donc sortie légèrement vêtue de sa magnifique robe espagnole, au beau milieu de la banquise. Sophie a eu le réflexe de sortir son appareil photo et a réussi à immortaliser cette scène haute en couleur qui a fait sourire tout le monde. Une robe de flamenco au pôle Nord… voilà une image que nous ne sommes pas près d’oublier!

Pour terminer cette journée exceptionnelle, nous avons été invités à un rendez-vous à l’italienne où nous attendaient de délicieuses focaccias accompagnées de cocktails au limoncello, de prosecco et, bien sûr, d’un peu de vodka.

Après le récapitulatif quotidien, un autre excellent repas nous attendait. Une fois de plus, nous avons pris plaisir à photographier les magnifiques plats qui nous ont été servis. À bord du Commandant Charcot, même les repas participent pleinement à l’expérience.

Enfin, impossible de terminer ce récit sans vous parler de Mélanie, la fille de Sylvain et de Ghislaine. Mélanie aime beaucoup s’amuser et elle a réussi à créer un montage absolument magnifique à partir d’une photo de ses parents prise à bord. Elle les a placés directement sur le pôle Nord! Ce montage m’a énormément fait sourire et, avec la permission de Sylvain et de Ghislaine, je suis très heureuse de pouvoir vous le partager.

Quelle journée!

Nous sommes heureux, émerveillés et profondément reconnaissants de vivre une aventure aussi exceptionnelle. Marcher sur la banquise du pôle Nord est un privilège rarissime. Cet après-midi restera assurément l’un des moments les plus extraordinaires de notre voyage.

Chaque journée à bord du Commandant Charcot nous rappelle à quel point notre planète est grandiose, fragile et fascinante.

La vie est belle, nous nous amusons énormément et ce voyage est absolument magnifique.

Vraiment… quel voyage extraordinaire que celui du pôle Nord!

Louise