Un bonjour du Cap Horn, porté par les embruns et le souffle puissant des océans qui s’y rencontrent.
🌊 Cap Horn – Deux heures au bout du monde
Il est 6 h du matin lorsque le navire s’approche du Cap Horn, et déjà l’atmosphère a quelque chose d’électrique. La pluie et le vent nous reçoit ce matin, les silhouettes des falaises se découpent dans une lumière froide, et le vent… ah, le vent ! Il nous accueille comme un gardien légendaire, puissant, indomptable, presque fier de nous voir arriver jusqu’ici.
Nous naviguons pour une courte periode, environ une heure et demi seulement, près du récif de 6 h 30 à 8 h — mais quelles heures ! À peine le pied posé sur la passerelle, on sent que l’on entre dans un lieu qui n’appartient à personne, sinon aux éléments. Le Cap Horn n’est pas un simple promontoire : c’est un symbole, un mythe, un nom qui résonne dans l’histoire maritime comme un rite de passage. Pendant des siècles, les navigateurs ont redouté ce coin du monde où les océans se rencontrent et se défient.
Autour de nous, les eaux bouillonnent, se croisent, se heurtent. Ici, l’Atlantique et le Pacifique ne se serrent pas la main : ils s’affrontent, ils se testent, ils se mesurent. Les vagues semblent venir de partout à la fois, comme si la mer elle-même voulait rappeler qu’elle est la seule maîtresse des lieux.
Le vent siffle, les embruns fouettent les joues, et pourtant… quel spectacle ! On se sent minuscule, mais terriblement vivant. Les voyageurs observent, photographient, respirent profondément, comme pour absorber un peu de cette énergie brute. Nous, savourons ce moment rare où l’on voit un groupe entier vibrer à l’unisson devant la puissance de la nature.
Nous mettrons bientôt le cap sur le canal de Drake, ce couloir mythique qui relie l’Amérique du Sud à l’Antarctique. Le Drake, c’est un peu le grand frère du Cap Horn : imprévisible, intense, parfois doux, parfois furieux. Le simple fait de prononcer son nom fait briller les yeux des voyageurs. On sent l’excitation monter, comme si chacun se préparait intérieurement à franchir une frontière invisible.
Et pourtant, ce que nous vivons ici, au Cap Horn, n’est plus un passage obligé pour les marins. Tout a changé en 1914, lorsque le canal de Panama a ouvert ses portes au monde. Ce ruban d’ingénierie a offert une alternative plus sûre, plus rapide, évitant aux navires de défier ces eaux redoutées. Le Cap Horn est alors passé du statut de route commerciale à celui de légende vivante, un lieu que l’on visite par choix, par passion, par respect pour l’histoire maritime.
Le Cap Horn nous a offert deux heures intenses, brutes, inoubliables. Deux heures au bout du monde… avant de plonger vers l’infini blanc.
Après avoir salué le mythique Cap Horn, notre navire s’élance maintenant dans le canal de Drake, ce grand couloir d’eau où l’Atlantique et le Pacifique se rencontrent sans jamais vraiment s’apprivoiser. Le vent se renforce, la houle respire profondément, et nous avançons vers le sud avec cette excitation unique que seuls les grands voyages savent offrir. Devant nous, quelque part derrière la ligne d’horizon, se trouve la péninsule Antarctique, ce continent de glace qui fait rêver depuis des siècles.
À mesure que nous descendons, les eaux changent de couleur. Le bleu devient plus dense, presque métallique, comme si l’océan lui-même se préparait à accueillir la glace. Sous la surface, c’est un univers vibrant : des courants puissants, des montagnes sous‑marines, des forêts d’algues géantes et une vie microscopique qui nourrit tout l’écosystème. Le fond marin antarctique, encore largement inexploré, abrite des créatures étonnantes : étoiles de mer géantes, éponges colorées, poissons adaptés au froid extrême.
À chaque mille parcouru, l’air devient plus pur, plus vif, presque cristallin. Le silence gagne en profondeur. On sent que l’on approche d’un monde à part, un monde qui ne ressemble à aucun autre. Un monde où l’on ne vient pas seulement pour voir… mais pour ressentir.
Le bateau tangue sur des vagues de 3 à 4 mètres, et nos voyageurs avancent en zigzag, comme s’ils avaient un verre de trop. Quelques-uns ressentent un certain inconfort, mais heureusement, Louise nous avait parfaitement préparés pour affronter le Drake. Nous nous sommes tout de même réunis en après-midi pour une partie de cartes pleine de rires, avant de terminer en beauté avec notre traditionnel 5 à 7.
En soirée, place à la musique avec le violoniste chevronné Paul Suha, né dans une famille de musiciens à Budapest, en Hongrie. Inspiré dès l’âge de six ans par son entourage, il s’est initié au violon avec passion. À seulement neuf ans, il remporte le premier prix du concours national de violon, surpassant tous les candidats de moins de douze ans.Après avoir complété sa formation au Conservatoire de Budapest, il poursuit son parcours dans la capitale mondiale de la musique classique : Vienne, où il perfectionne son art à l’Académie.
À chaque mille parcouru, l’air devient plus pur, plus vif, presque cristallin. Le silence gagne en profondeur. On sent que l’on approche d’un monde à part, un monde qui ne ressemble à aucun autre. Un monde où l’on ne vient pas seulement pour voir… mais pour ressentir.
Et malgré le tangage persistant, ce roulis qui faisait vibrer chaque recoin du navire, nous avons fini par sombrer dans le sommeil. Le bateau oscillait doucement, comme une berceuse improvisée par la mer elle-même. À chaque mouvement, nos corps suivaient la cadence, et peu à peu, les bruits du vent et des vagues se sont mêlés au calme de la nuit. Bercés par ce rythme étrange, parfois rassurant, parfois surprenant, nous nous sommes laissés glisser dans un repos bien mérité.
Bonne nuit du Drake… le vent chante, les vagues roulent, et notre navire poursuit sa route vers l’Antarctique endormie!
Nathalie et Johanne


















