Bonjour tout droit du royaume des glaces!
Ce matin, surprise totale : une fine couche de neige recouvrait les ponts du Celebrity Equinox. En ouvrant les rideaux, un petit frisson il ne fait que –1 °C, et de légers flocons continuent de tomber, discrets mais bien visibles, comme un clin d’œil de l’Antarctique. Quelques voyageurs, amusés comme des enfants, ont déjà improvisé de mini bonshommes de neige. Les rires résonnaient doucement dans l’air froid, donnant à cette matinée grise une touche de magie. L’horizon est voilé, mais l’excitation, elle, est bien nette : Éléphant Island nous attend.
En approchant Elephant Island, nous avons tous ce même petit frisson, celui qui traverse le corps quand un lieu se dévoile lentement et qu’on comprend qu’on va vivre quelque chose de rare. L’île est apparue d’abord comme une ombre, puis comme une longue muraille de roche sombre, striée de glace, avec des sommets qui disparaissent dans la brume. On s’est regardées en souriant, un peu incrédules devant cette beauté brute, presque intimidante.
À mesure que le bateau avançait, les détails se sont révélés. Les glaciers descendaient jusqu’à la mer en grandes coulées bleutées, certains tellement sculptés qu’on aurait dit des œuvres d’art. Un spectacle nous y attendait : la mer, parfaitement calme, presque étonnamment douce pour cette région légendairement capricieuse. Et surtout… deux couleurs bien distinctes à la surface.
Ce phénomène fascinant s’explique par la rencontre de deux masses d’eau différentes : D’un côté, un eau plus sombre, plus salée et plus profonde, typique de l’océan Austral. De l’autre, une eau plus claire et laiteuse, chargée de sédiments et de minéraux provenant de la fonte des glaciers. Lorsque les glaciers « libèrent » leur eau douce et froide, elle glisse en surface et ne se mélange pas immédiatement à l’eau salée, créant cette démarcation visible comme une frontière naturelle.
Le résultat : un contraste net, presque irréel, comme si deux mers se frôlaient sans encore se fondre l’une dans l’autre.
La mer les falaises avec une force tranquille, et le vent apportait cette odeur froide, presque métallique, qui appartient seulement à l’Antarctique. On ne disait pas grand‑chose au début, juste « regarde ça… » ou « c’est incroyable… », parce que parfois les mots ne suivent pas tout de suite.
Et puis il y a l’histoire, cette histoire qui plane sur Elephant Island comme une présence invisible. Nous racontons à notre groupe comment, en 1916, les hommes de Shackleton ont trouvé refuge ici après des mois d’errance sur la banquise. On imagine leurs silhouettes grelottantes, leurs visages creusés par le froid, leur camp improvisé sur une plage minuscule battue par les vents. On imagine aussi l’attente, interminable, pendant que Shackleton partait chercher du secours à bord d’une petite embarcation. Savoir que ces hommes ont survécu ici, dans ce décor presque irréel, donne à l’île une dimension humaine bouleversante. On ne regarde plus les falaises de la même façon.
Nous n’avons pas réussi à voir les éléphants de mer, mais l’instant n’en a pas été moins magique. À la place, ce sont les falaises abruptes, les glaciers suspendus et l’atmosphère brute d’Éléphant Island qui nous ont accueillis. Ce décor sauvage, presque irréel, donne immédiatement l’impression de toucher du regard un lieu que très peu d’humains ont la chance d’approcher.
Et puis, même sans les éléphants de mer, la nature nous a offert son propre spectacle : les jeux de lumière sur la glace, quelques oiseaux marins planant à fleur d’eau, et ce silence unique un silence qui appartient seulement aux confins du monde.
Tout au long de la journée, on a partagé nos impressions, nos émerveillements, nos « oh wow » spontanés. . On observait, on savourait. Et on racontait simplement ce que l’on voyait, ce que l’on ressentait, comme des gens qui ont la chance immense d’être là, au cœur d’un monde qui dépasse tout.
Elephant Island nous a offert une journée intense, sauvage, magnifique. Une journée où la nature parle plus fort que tout, et où nous, on se contente d’écouter et de transmettre ce que nos yeux et nos cœurs ont capté.
Ce soir, le 6 à 7 s’est déroulé face à Éléphant Island — un moment tout simplement grandiose. Le navire glissait doucement, et devant nous se dressaient ces parois sauvages, chargées d’histoire et de mystère. Nous lui avons dit un dernier au revoir, presque solennel, avant de nous diriger vers la salle à manger pour poursuivre la soirée.
Plus tard, c’est Carlos Rayan qui a pris le relais de la magie. Avec sa guitare, ses histoires de vie et ses chansons, il a enveloppé la soirée d’une chaleur toute particulière. Sa musique a réuni tout le monde dans une ambiance douce, complice, parfaite pour conclure une journée déjà riche en émotions.
Nous avons ensuite repris la route vers le nord, amorçant la traversée du canal de Drake. Le navire avance calmement, et chacun semble porter en lui quelque chose de nouveau : des images, des émotions, des moments suspendus. Nos têtes sont encore remplies des souvenirs de l’Antarctique mythique — ses glaciers bleutés, ses falaises austères, sa lumière unique, et cette sensation d’avoir touché l’extrême.
Alors que nous nous éloignons doucement de ce continent fascinant, une chose demeure : la certitude d’avoir vécu quelque chose d’inoubliable.
Bonne nuit glacée, bercés par la mer du Drake. Que le repos soit aussi calme que les flocons du matin. ❄️
Nathalie et Johanne

































