Accompagnée par
Marie-Christine Drouin

Mesdames et messieurs, bonjour !


71° 10′ 21″ Nord. Le chiffre du jour, latitude de notre destination.


Ce matin, alors que l’Apex ralentit pour entrer dans le port de Honningsvåg, nous avons vraiment l’impression d’arriver au bout du monde parmi les 3 000 habitants qui y résident Jetez un coup d’œil sur la carte, nous sommes presque tout en haut du globe. Impressionnant, n’est-ce pas ?


Nous sommes dans un décor brumeux, et avec ces montagnes imposantes et dénudées, on se croirait dans une scène de film préhistorique. Nous sommes en zone climatique subarctique où aucun arbre ne pousse. Un troupeau d’environ 4000 rennes errent ici et sont la propriété des Samis (autochtones norvégiens). Nous avons eu la chance d’en apercevoir à plusieurs endroits. On se questionne sur leur pelage blanchâtre pour certains, brunâtre pour d’autres : il s’agit en fait d’une adaptation aux saisons en vue de se protéger des prédateurs en revêtant le blanc pour l’hiver et le brunâtre pour l’été.


Quelques maisons colorées s’accrochent au rivage, encerclées par des montagnes dénudées. L’air est vif et nous réveille instantanément. Vers 9h45, nous descendons du navire, impatients de découvrir ce que ce lieu mythique nous réserve. À notre descente, une structure triangulaire, garnie de têtes de poisson, capte notre attention et que nous reverrons plus loin; il s’agit d’un séchoir à poisson, signe que l’on est dans un secteur hautement dépendant de la pêche.


Les autocars sont là, juste à côté du quai. Nous nous installons et quittons le village d’Honningsvåg, situé sur l’île de Magerøya. L’île est aujourd’hui reliée au continent par un tunnel sous-marin de 6 km, véritable prouesse d’ingénierie. Saviez vous qu'il il y a 1200 tunnels en Norvège? Oui, oui! La route file au milieu d’un paysage immense, presque lunaire. Pas d’arbre, presque rien, juste de la toundra, des rochers et des lacs tranquilles bordés de maison de pêcheurs. À un moment, le chauffeur ralentit : des rennes broutent tranquillement le long de la route, comme si c’était la chose la plus normale du monde.


Le renne est au cœur de la culture du peuple autochtone Sami présent dans ces régions arctiques depuis des millénaires. Non seulement pour l’élevage, mais comme symbole d’identité en lien avec la terre. Une quarantaine de minutes plus tard, à travers la brume épaisse, nous atteignons le Centre d’accueil du Cap Nord, perché sur ce cap abrupt. À la descente de l’autocar, notre quête est de trouver ce fameux globe terrestre, symbole du bout du monde européen septentrional.


Mais la brume nous empêche de voir à 2 mètres devant nous. La mer de Barentz devrait apparaître, mais ce sera pour une autre fois! Nous y aurions vu une falaise haute de 307 mètres plongeant à pic dans la mer et plus rien d’autre que l’eau jusqu’à l’Antarctique. Nous aurions aussi aimé voir le, Monument des Enfants du Monde, symbole de paix, d'espoir et de fraternité. Créé en 1988, il se compose de sept disques en bronze illustrant les dessins originaux de sept enfants âgés de 8 à 12 ans, représentant chacun un continent.


Le Cap Nord est souvent présenté comme le point routier le plus septentrional de l’Europe même si, techniquement, d’autres points le dépassent légèrement. Ce qui attire surtout, c’est la sensation d’être au bout du continent, face à l’immensité de l’Arctique qu’on ne voit pas, mais que nous savons présent. Impossible de ne pas faire la photo près du globe métallique, emblème du site, même sous cette brume.


À l’intérieur, un spectacle multimédia nous fait découvrir les saisons et les conditions météorologiques extrêmes de cet environnement fascinant. Une galerie souterraine, creusée dans la falaise, mène à différents espaces d’exposition.

Le temps libre passé sur place permet à plusieurs de visiter la petite chapelle, de flâner en boutique, devant un café ou de faire l’envoi d’une carte postale marquée du cachet spécial Nordkapphallen du point le plus au nord d’Europe. Chers lecteurs, surveillez vos boîtes aux lettres, qui sait, vous en recevrez peut-être une prochainement ?


Sur le chemin du retour, l’ambiance est plus contemplative car la brume s’est levée un peu. Nous admirons encore les plateaux désertiques et les rennes au loin. En quelques heures à peine, nous avons touché à quelque chose d’unique. De retour à Honningsvåg, certains regagnent le navire, tandis que d’autres flânent dans ce charmant village de pêcheurs. La boutique Artico Christmas House, véritable caverne d’Ali Baba de Noël, attire particulièrement notre attention. Décorations scintillantes et souvenirs nordiques trouveront sans doute leur place dans nos sapins en décembre.


Vers 16 heures, notre vaisseau largue les amarres. Le petit port s’éloigne doucement et nous gardons en mémoire le privilège d’avoir posé le pied à l’extrémité de l’Europe, là où la terre s’arrête. Le capitaine nous convie ensuite sur les passerelles des ponts 15 et 16 pour une navigation panoramique exceptionnelle, ponctuée d’un arrêt devant le rocher du Cap Nord, surnommé «la corne du rhinocéros» en raison de sa silhouette. Depuis la mer, nous distinguons le monument du globe ainsi que le bâtiment de service coiffé de sa sphère blanche; le radar météorologique.


C’est à 16h que nous mettons ensuite le cap vers le sud, en direction de Molde, que nous atteindrons le 15 juin, soit après une pleine journée en mer. Entre-temps, nous franchirons à nouveau le cercle polaire, cette ligne mythique située juste au-dessus du 66e parallèle.


Nous nous rassemblons le temps d’un 5 à 7 fort sympathique, relaxe et cordial avant le souper. Comme à l’habituel, un délicieux repas nous attend. La soirée se dessine en formule libre et Will Martin, si apprécié des croisiéristes, se produit à nouveau au théâtre.


Voici notre journée en images


À demain,

Eric, Marie-Christine et leurs voyageurs nordiques