Bonjour, agriculteurs d’un jour!
Ce matin, nous partons de Bulle, où nous aurons le plaisir de nous réveiller pendant trois jours. Située au cœur de la Gruyère, elle est la deuxième ville du canton de Fribourg après sa capitale. Ses habitants, les Bullois, ont hérité de quelques surnoms plutôt colorés : les Crapauds, les Renailles et même les Orgueilleux! Mais nous n’avons pas le temps de mener l’enquête sur l’origine de ces sobriquets, car une grande fête nous attend à Charmey. Aujourd’hui, les vedettes portent des fleurs sur la tête, de lourdes cloches au cou et avancent parfois à leur propre rythme en faisant beaucoup de bruit; Bienvenue à la désalpe!
Chaque dernier samedi de septembre, Charmey célèbre le retour des troupeaux après plus de quatre mois passés dans les alpages. Cette descente, appelée Rindyà en patois fribourgeois, marque la fin de l’estivage et le retour des vaches, des génisses et parfois des chèvres vers leurs étables de la vallée. Au printemps, leur montée vers les pâturages porte un autre nom : la poya. Ces déplacements suivent le rythme des saisons depuis des générations, mais la désalpe est bien davantage qu’un simple changement d’adresse pour le bétail. C’est le retour des armaillis, les gardiens des troupeaux et du matériel des chalets d’alpage, après un été passé à surveiller les bêtes et à fabriquer le gruyère d’alpage et le vacherin fribourgeois. Après tout ce travail, ils méritent certainement une entrée triomphale!
Tôt ce matin, les familles ont rassemblé les animaux et consacré plusieurs heures à leur préparation. Les vaches portent maintenant de magnifiques arrangements composés de dahlias, de chrysanthèmes, de branches de sapin, de rhododendrons et de papiers multicolores. À leur cou pendent d’imposantes cloches retenues par de larges colliers de cuir brodé. Non, mais elles sont coquettes, ces vaches fribourgeoises! Lorsque les premiers troupeaux apparaissent, le village tout entier se met à vibrer. Les cloches résonnent entre les maisons, les armaillis défilent en costume traditionnel et les familles accompagnent fièrement les animaux.
Il faut jouer un peu du coude pour bien voir, car la désalpe de Charmey attire des milliers de curieux, tous aussi décidés que nous à ne rien manquer du spectacle. Les téléphones et les appareils photo se lèvent presque en même temps à l’arrivée de chaque troupeau. Entre les passages des animaux, l’ambiance demeure joyeuse : fanfare, cors des Alpes, anciennes machines agricoles, chars décorés et artisans animent le village.
Nous profitons aussi du marché pour découvrir les produits régionaux, les objets artisanaux et, bien entendu, les fromages d’alpage. Chaque meule raconte un peu l’été qui vient de s’écouler : les herbes et les fleurs broutées en altitude influencent subtilement le goût du lait, puis celui du fromage.
Le dîner campagnard qui nous est réservé au restaurant l’Étoile, en est un costaud ! Une soupe au choux, consistante à souhait, puis une assiette de jambon salé, servi sur du choux cuit, de saucisson et d’un morceau de lard, garni de pommes de terres en accompagnement de tout ceci. Vous trouvez ça gigantesque, eh bien vous avez raison !! Le dessert est constitué de Churros. Ouf, il faut être solide pour ingurgiter toute cette nourriture! Je crois qu’un seul membre du groupe a réussi à relativement finir son assiette.
On se rassemble à nouveau pour filer à l’anglaise tandis que la fête du village bat son plein ! Notre destination est située tout près, à Broc. Vous avez peut-être deviné? Nous nous rendons chez Cailler; vous connaissez ? Pour vous aider, je vous donne un indice : si je vous dis cacao, produit phare de la Suisse. Vous comprenez tout de suite que nous parlons de chocolat. Allons-y rapidement, je salive, rien qu’à l’idée d’y penser !
Fondée par François-Louis Cailler en 1819, Cailler est la plus ancienne marque de chocolat suisse toujours existante. Son petit-fils, Alexandre-Louis Cailler, fit construire l’usine de Broc en 1898, tout près des fermes de la Gruyère qui pouvaient lui fournir du lait. La famille Cailler joua également un rôle important dans la naissance du chocolat au lait : Daniel Peter, époux de Fanny Cailler, eut l’idée d’associer le cacao au lait condensé mis au point par son voisin Henri Nestlé. Après plusieurs années d’essais, sa création vit le jour en 1875. Voilà une histoire de famille qui s’est plutôt bien terminée… surtout pour les gourmands!
La visite interactive nous entraîne des fèves de cacao utilisées par les civilisations anciennes jusqu’aux méthodes modernes de fabrication. Nous découvrons les différentes étapes qui transforment une cabosse plutôt modeste en cette douceur capable de faire perdre toute retenue devant un comptoir de dégustation. Les arômes deviennent progressivement plus présents et notre attention, curieusement, augmente à mesure que nous approchons de la partie pratique. Pour pouvoir vous raconter l’expérience avec précision, nous nous sacrifions donc en goûtant plusieurs créations de la maison. Chocolat noir, chocolat au lait, pralinés… on se croirait à Noël, à Pâques et à la Saint-Valentin en même temps! Quel bonheur!
Pour nous donner bonne conscience, rappelons que le cacao provient du fruit du cacaoyer. Or, tout le monde sait qu’il faut manger des fruits pour rester en bonne santé! L’argument semble convaincre une bonne partie du groupe, qui se dirige ensuite vers la boutique pour faire quelques provisions. Ceux qui espèrent recevoir une tablette à notre retour devraient toutefois modérer leurs attentes : le trajet jusqu’à Montréal est encore long, et nos réserves pourraient mystérieusement diminuer avant même d’avoir quitté la Suisse.
Nous regagnons Bulle après une journée où la Gruyère s’est racontée par ses traditions, ses paysages et surtout ses saveurs. Depuis ce matin, nous avons célébré les vaches, goûté leur fromage et savouré le chocolat fabriqué grâce au lait de la région. La boucle est complète! Ce soir, notre taux de sucre est peut-être un peu plus élevé, mais notre connaissance du terroir fribourgeois l’est tout autant. Avons-nous encore de la place pour souper ? Bien sûr que si ! Au menu du restaurant 43, ce sont des tapas, Délicieux! En plus que les churros s
Demain, les rails reprendront leurs droits avec une expérience très attendue : le train du fromage. Après la désalpe et Cailler, nous pensions avoir fait le tour de la gourmandise suisse? Visiblement, ce voyage possède encore quelques réserves!
À demain,
Marie-Christine, Éric et leurs voyageurs, le cœur léger, le ventre plein… et les sacs remplis de chocolat!

































































































