Accompagnée par
Marie-Christine Drouin

Turin : environ 15 °C le matin et jusqu’à 27 °C en après-midi. Toujours plein soleil! Quelle chance nous avons.


Bon matin de nous tous,


Il y a des jours de grande joie dans un voyage et aujourd’hui en est un. Mais pourquoi donc me demandez-vous? C’est que notre itinéraire du jour nous mène à Turin, capitale du Piémont, mais surtout capitale italienne du chocolat. Une ville où l’histoire se raconte à travers les palais, les grandes places…et une dégustation du bicerin. Du quoi ? Du bicerin ! Lisez plus loin, vous en aurez l’eau à la bouche.


En parcourant l’autoroute A4 au départ de Baveno, notre base au lac Maggiore, nous longeons les Alpes qui se dessinent au nord. Alex nous rappelle que Turin fut, en 1861, la toute première capitale du royaume d’Italie. Elle conserve ce titre jusqu’en 1865, avant de céder sa place à Florence, puis à Rome. Nous avons eu la chance de voir passer comme une fusée, le seul TGV italien qui relie Milan, Turin et Paris. La ville est aussi le berceau de Fiat, fondée ici en 1899 par un regroupement d’hommes d’affaires. L’acronyme est pour “Fabbrica Italiana Automobili Torino”. Alex nous dit aussi que certains lui ont trouvé une autre signification : “Ferraille Invendue À Turin” !


Son ancienne usine du Lingotto possédait une particularité pour le moins originale : une piste d’essai automobile aménagée directement sur le toit! Les voitures étaient construites aux étages inférieurs, puis montaient progressivement dans l’édifice avant de terminer leur parcours par quelques tours de piste dans les airs.


Nous retrouvons Patrizia, notre guide locale, pour découvrir cette ville élégante aux longues avenues, aux palais majestueux et aux 18 kilomètres d’arcades que l'on retrouvent en ville. Ces passages couverts ne sont pas seulement décoratifs : ils permettaient autrefois à la famille royale de circuler à l’abri de la pluie… et au peuple de poursuivre ses activités sans mouiller ses beaux souliers! La Piazza Castello forme le cœur historique de Turin. Autour de nous se dressent le palais royal, le Palazzo Madama et plusieurs résidences de la maison de Savoie. Plus loin, la Piazza San Carlo, surnommée le « salon de Turin », est entourée de cafés historiques et d’élégantes façades baroques. C’est d’ailleurs au café Torino de la piazza San Carlo que nous avons eu le grand plaisir de déguster le bicerin. Voici en quoi consiste la divine boisson: trois couches : un chocolat chaud riche et onctueux au fond, un “shot” d’espresso au milieu, et une crème fraîche légèrement fouettée et froide sur le dessus. Il est servi dans un petit verre sans anse appelé bicchierino (petit verre en piémontais), d’où la boisson tire son nom. Ne le mélangez surtout pas. Tout l’intérêt réside dans la sensation de la crème froide laissant place au liquide chaud, l’amertume du café tranchant avec la douceur épaisse du chocolat.


Turin entretient une histoire d’amour avec le cacao depuis plusieurs siècles. En 1678, la régente Jeanne-Baptiste de Savoie accorda la première autorisation officielle de produire et de vendre du chocolat dans la ville. Bénie sois-tu, Jeanne!

Lorsque Napoléon décide de taxer le cacao devenu plus rare et coûteux au début du XIXe siècle, les chocolatiers piémontais eurent l’idée de le mélanger aux excellentes noisettes cultivées dans les Langhe pour en faire un produit local. De cette heureuse union naquit le gianduia, puis le gianduiotto, ce petit chocolat en forme de lingot enveloppé dans un papier doré ou argenté.


L’art chocolatier turinois est un patrimoine vivant. Il est impossible de citer tous les chocolatiers historiques, industriels ou artisanaux, qui œuvrent dans le Piémont depuis le XIXe siècle et perpétuent cette tradition chocolatière, mais en voici quelques-uns : Caffarel, le chocolatier en exercice le plus ancien de Turin (où l’on a fait des achats) ; Baratti & Milano, deux associés qui ont ouvert une confiserie en 1858 ; Leone, créé en 1857 à Alba un peu plus au sud et présent à Turin depuis 1880 ; Peyrano, qui date de 1914, leader des chocolatiers artisanaux ; Streglio (1924), Feletti (1882), Talmone (1850) ; Venchi, créé par un ancien ouvrier de Baratti & Milano qui s’est mis à son compte en 1878 ; Novi (1903), Pernigotti (1868), A. Giordano (1897), aujourd’hui gérée par la famille Faletti, la seule chocolaterie qui réalise encore la coupe des chocolats à la main ; ou encore Guido Gobino (1964), l’un des meilleurs chocolatiers d’Italie sur les 600 que comptent la péninsule.

Si la région représente plus de 40 % de la production nationale italienne de chocolat, il est devenu de mise que depuis 2003 Turin organise tous les ans, un rendez-vous incontournable, le Cioccolato, hommage gargantuesque au chocolat avec des événements, des dégustations, des expositions et des spectacles. Fin février, tous les maîtres chocolatiers, entreprises industrielles et chocolateries artisanales, turinois, italiens et internationaux présentent leur savoir-faire au public dans les rues de la capitale piémontaise. Quelle belle date pour revenir à Turin, n’est-ce pas ?! À retenir.


À 13 h, nous nous installons au restaurant La Badessa pour le dîner. Pour la petite histoire du nom qu’inspira le restaurant: Maria Caterina Operti di Cervasca, née en 1801 dans une famille noble du Piémont, fut destinée par son père à la vie religieuse afin de préserver le patrimoine familial. Entrée au couvent à dix-huit ans sous le nom de sœur Costanza, elle devint ensuite abbesse à Saluzzo. Après la mort de son compagnon lors d’une épidémie, elle rejoignit Turin et entra dans les cuisines de la cour de Savoie, en cachant son identité. Son talent lui aurait permis de devenir la cuisinière personnelle de la reine Marie-Thérèse de Habsbourg-Lorraine, qui l’aida ensuite à retrouver la vie religieuse. Revenue au couvent, elle y aurait acquis une réputation d’hospitalité et de cuisine raffinée, mêlant la simplicité des repas de campement au savoir-faire de la cour. C’est cette histoire qui inspire, depuis 1996, le restaurant turinois et sa cuisine issue des traditions monastiques. Notre repas fut divin!


Sur le chemin du retour à l’autocar, nous profitons d’un peu de temps libre pour parcourir les places, admirer les vitrines et faire quelques provisions chez les chocolatiers. Qui seront les privilégiés parmi vous? Ce soir, c'est notre dernier souper au Lac Maggiore que nous avons beaucoup apprécié. Mais comme je dis souvent, ne soyons pas triste que ce soit terminé, mais heureux que ce soit arrivé. Demain, nous fermerons nos valises et prendrons la route vers Milan avant de poursuivre vers notre prochain lieu de séjour, le fabuleux lac de Garde.


Le Saviez-vous ?

L'histoire de l’Espresso commence avec un souci très pratique : servir davantage de clients, plus rapidement. Dans les cafés animés de Turin, la préparation du café prend du temps et fait attendre la clientèle. En 1884, l’entrepreneur turinois Angelo Moriondo brevète une machine à vapeur capable de préparer rapidement du café en quantité : une invention pensée pour accélérer le service. Elle ouvre la voie aux machines perfectionnées au début du XXᵉ siècle par Luigi Bezzera et Desiderio Pavoni, qui permettront de préparer le café à la tasse. Derrière ce symbole de l’art de vivre italien se cache donc une recherche d’efficacité ! Et tant qu’à être dans le café, l’entreprise de renommée mondiale Lavazza a aussi connu le jour à Turin en 1895.


Buona notte et à demain,

Marie-Christine, Éric et leurs voyageurs, heureux comme des enfants dans une chocolaterie!