La journée commence dans l'obscurité, bien avant le lever du soleil. Vers 5 h, un taxi attend déjà devant l'hôtel pour conduire Sophie et Nathalie à l'aéroport. Alexandre leur offre un dernier au revoir chargé d'émotion. Leur départ laisse un vide dans le groupe. Plus tard dans la matinée, un magnifique message de Sophie nous parvient depuis l'aéroport. Les mots sont touchants et plusieurs reconnaissent spontanément qu'elles nous manquent déjà.
Nous quittons Porto en direction du sud. C'est dimanche, et une autre réalité portugaise se manifeste rapidement : les motos sont partout. Pendant des kilomètres, nous croisons des groupes de motocyclistes, entendons le grondement des moteurs et observons les rassemblements qui semblent avoir pris possession des routes de la région.
Après avoir longé la Côte d'Argent, nous faisons un arrêt à Costa Nova. Ses célèbres maisons rayées attirent les regards comme toujours. Pendant que certains photographient les façades colorées sous tous les angles, Patrick se lie d'amitié avec un chat. Plusieurs ont immédiatement pensé à Sophie, qui aurait certainement passé quelques minutes supplémentaires avec ce nouveau compagnon à quatre pattes.
Nous poursuivons ensuite vers Aveiro, où nous retrouvons notre guide locale, Catarina Diogo, sur la Praça da República. Dès les premiers instants, elle nous transmet son amour de la ville. Les canaux sillonnent le centre comme de longs rubans d'eau paisible où naviguent les célèbres moliceiros aux couleurs éclatantes.
Catarina nous explique une particularité linguistique qui amuse plusieurs d'entre nous. Ici, on parle de la Ria d'Aveiro et non du Rio d'Aveiro, puisque l'eau est reliée à l'océan et demeure salée. Sans cette salinité, il s'agirait plutôt d'une rivière.
Au fil de la visite, nous découvrons également les marais salants qui ont façonné l'histoire économique de la région. Patrick en profite pour partager un autre de ses désormais célèbres conseils d'achat. Pour les amateurs de produits gourmands, Aveiro est l'endroit idéal pour rapporter du sel artisanal ou encore de la salicorne.
Les surprises s'accumulent. Catarina nous apprend qu'il est possible d'observer des flamants dans la région. Leur apparence est toutefois bien différente de celle des flamants roses que nous imaginons spontanément. Leur alimentation, composée davantage de petits mollusques que de crevettes, leur donne une teinte beaucoup plus pâle, parfois presque blanche.
Nous découvrons aussi que l'Université d'Aveiro possède son propre marais salant utilisé dans le cadre de recherches scientifiques. Cette ville où l'eau est partout continue de nous étonner à chaque coin de rue.
Au moment de quitter Costa Nova, Patrick nous attend avec une nouvelle surprise. Des ovos moles sont distribués dans l'autobus pour le plus grand plaisir du groupe. Devant cette nouvelle gâterie, quelqu'un résume la situation avec beaucoup de justesse : personne ne perdra de poids pendant ce voyage !
Catarina nous raconte l'histoire fascinante des ovos moles. Dès le XVIe siècle, les religieuses utilisaient les jaunes d'œufs, le sucre et l'eau pour préparer une pate qu’elles plaçaient entre deux ostis, créant ainsi cette spécialité devenue emblématique de la ville. Ces douceurs servaient même à redonner des forces aux personnes affaiblies. Elle nous apprend également qu’en plus de servir à nettoyer les vêtements, les blancs d'œufs servaient notamment à clarifier les vins de messe en aidant les impuretés à sédimenter.
Par la suite, le dîner nous attend au restaurant Salpoente, une adresse recommandée par le Guide Michelin et aménagée dans d'anciens entrepôts de sel magnifiquement restaurés. Dès l'arrivée du taco de saumon, les réactions sont unanimes. « Spectaculaire » devient probablement le mot le plus utilisé autour de la table.
Le repas se poursuit avec une délicieuse morue rôtie en effiloché sous sa croûte de pain de maïs, accompagnée de chou et de pommes de terre écrasées, avant de se conclure par une dacquoise au chocolat noir et mousse au café qui remporte elle aussi un vif succès.
Le dîner fournit également son lot d'anecdotes. Une porte de toilette récalcitrante provoque quelques situations embarrassantes et plusieurs éclats de rire. Alexandre et Denyse se cognent la tête contre une poutre particulièrement basse. Puis Alexandre réussit à renverser son café d'une façon qui laisse le serveur visiblement découragé devant l'opération de sauvetage qui s'ensuit. Malgré tout, tout le monde quitte le restaurant heureux et en parfaite santé.
Le trajet vers Nazaré se déroule dans un calme presque parfait. Un mélange de digestion, de contemplation et d'admiration pour les paysages qui défilent derrière les fenêtres. Avec sa conduite toujours souple et rassurante, Paulo nous donne l'impression de glisser sur la route plutôt que d'y rouler.
En chemin, Patrick attire aussi notre attention sur les vastes forêts de pins maritimes qui couvrent la région. Plusieurs arbres portent des entailles semblables à celles que l'on pratique sur les érables au Québec. Il nous explique alors la tradition du gemmage, qui consiste à récolter la résine des pins. Une fois transformée, cette résine sert notamment à produire l'essence de térébenthine et la colophane, deux ingrédients essentiels dans la fabrication de peintures et de vernis.
En direction de Nazaré, Patrick nous raconte l'origine des célèbres costumes traditionnels des femmes de Nazaré et de leurs sept jupons. La légende populaire veut qu'ils rappellent les sept vagues observées avant l'accalmie permettant aux marins de rentrer au port. Au-delà du folklore, ces nombreuses couches protégeaient surtout les femmes contre le vent froid de l'Atlantique lorsqu'elles attendaient le retour des pêcheurs.
À notre arrivée à Nazaré, nous prenons immédiatement la direction du belvédère de Suberco. Le panorama coupe littéralement le souffle. La plage semble s'étirer à l'infini et l'Atlantique déploie toute sa puissance sous nos pieds. Le vent souffle avec vigueur, les cheveux s'envolent et les appareils photo travaillent sans relâche.
En fin d'après-midi, alors que plusieurs s'attendent à retourner directement à l'hôtel, une activité improvisée vient embellir la journée. Les accompagnateurs proposent une promenade et un apéro en bord de mer. Un rapide appel au bar de plage À Deriva suffit.
« Allô, avez-vous de la place pour 24 personnes dans dix minutes ? »
« Bien sûr, on vous attend ! »
Quelques instants plus tard, probablement au moment même où Nathalie et Sophie déposent leurs bagages à la maison, nous sommes installés face à l'océan pour profiter du coucher du soleil. Presque tout le groupe participe à cette escapade improvisée. Les téléphones et les appareils photo capturent des centaines d'images. Les conversations sont détendues, les sourires nombreux. Pour Ann-Marie, le Mint Colada remporte haut la main le titre de découverte du jour.
Le souper a lieu au restaurant Ólareu, qui a exceptionnellement ouvert ses portes un dimanche spécialement pour notre groupe. Les entrées se succèdent : crevettes à l'ail, pica-pau de champignons, pommes de terre endiablées et autres spécialités locales disparaissent rapidement des assiettes. Puis viennent les plats principaux, le riz crémeux de poisson et crevettes pour la plupart et les joues de porc fondantes pour certains.
Au fil de la soirée, l'ambiance gagne en intensité. Certains profitent pleinement de ce moment festif tandis que d'autres préfèrent simplement savourer les conversations et la douceur de vivre portugaise. Comme dans tout voyage de groupe qui avance, les personnalités se révèlent davantage, les liens se resserrent, les habitudes des uns et des autres deviennent familières. Ce sont aussi ces petites dynamiques humaines qui composent les souvenirs d'un circuit.
Lorsque nous regagnons finalement l'hôtel Praia, certains regagnent leur chambre, pour un repos bien mérité après une journée bien remplie, d’autres poursuivent la soirée au bar de l’hôtel. Cette nuit, les images de la journée défilent dans nos esprits : les adieux émouvants du matin, les canaux paisibles d'Aveiro, les histoires racontées par Catarina, les ovos moles partagés dans l'autobus, les pinèdes du centre du Portugal, l'Atlantique vu du haut des falaises et ce magnifique coucher de soleil improvisé sur la plage de Nazaré.
Deux villes, deux ambiances, une foule de découvertes et encore une autre journée qui nous rappelle pourquoi le Portugal sait si bien séduire ceux qui prennent le temps de le parcourir.






















































































































