Ce matin, nous quittons Évora pour poursuivre notre découverte de la campagne portugaise. Après les trésors historiques de la veille, la journée s'annonce plus rurale, plus tranquille, mais tout aussi fascinante. Les immenses paysages de l'Alentejo défilent devant nos yeux. Les anciennes terres autrefois consacrées aux céréales sont aujourd'hui souvent devenues trop sèches pour demeurer rentables. Plusieurs ont donc été vendues à des compagnies d'énergie qui y installent désormais de vastes champs de panneaux solaires.
Au fil de la route, Patrick nous parle une fois de plus de l'importance du liège dans l'économie portugaise. Rapidement, d'impressionnantes montagnes d'écorce de liège apparaissent à l'horizon alors que nous approchons de la fabrique Cortiçarte.
La visite est captivante. Nous découvrons tout le parcours du liège, du chêne jusqu'au produit fini. Notre guide explique qu'un chêne-liège doit attendre environ 25 ans avant sa première récolte, mais que la première écorce obtenue est trop rugueuse pour produire des bouchons de qualité. Le véritable liège destiné aux meilleurs usages n'est obtenu qu'après plusieurs récoltes successives. Certains arbres continuent d'être exploités jusqu'à l'âge remarquable de 220 ans.
L'écorçage, appelé le démasclage, est un travail hautement spécialisé. Les ouvriers saisonniers les plus expérimentés peuvent gagner jusqu'à 150 euros par jour. Une fois récoltées, les imposantes plaques de liège reposent plusieurs mois à l'extérieur avant d'être transformées.
Ensuite vient l'une des étapes les plus spectaculaires du processus. Pas moins de 1 200 kilos de liège à la fois sont plongés dans l'eau bouillante à près de 100 degrés pendant une heure. Cette opération permet de nettoyer l'écorce, d'éliminer parasites et impuretés, mais surtout de rendre le matériau plus flexible. Une seule cuisson génère ensuite près d'une semaine de travail pour les employés de l'usine.
La production atteint environ dix tonnes de liège par jour. Nous découvrons également que la qualité du liège influence directement le type de vin auquel il sera associé. Plus le liège est de qualité, plus il est destiné à des vins prestigieux appelés à vieillir longtemps.
Les bouchons de champagne présentent quant à eux une fabrication particulière. De petites rondelles de liège sont assemblées à l'aide d'une colle alimentaire afin d'obtenir une résistance supérieure à la pression. Après une deuxième cuisson, ils sont de forme allongée. Une fois introduits dans la bouteille, ils prennent la forme que nous connaissons, puis reprennent leur forme d'origine lorsqu'on les fait bouillir de nouveau.
Rien ne se perd. Les parties de moindre qualité sont transformées en panneaux isolants, en objets décoratifs ou encore en granulés utilisés pour absorber les déversements d'hydrocarbures dans les océans.
La visite se termine par quelques achats dans la boutique. Plusieurs voyageurs repartent avec divers souvenirs en liège, impressionnés par la polyvalence étonnante de cette ressource emblématique du Portugal.
Nous reprenons ensuite la route vers Monsaraz. Dès notre arrivée, le charme opère. Presque unanimement, le groupe considère déjà ce village fortifié comme l'un des plus beaux découverts depuis le début du voyage.
Derrière ses remparts parfaitement conservés, les ruelles pavées serpentent entre les maisons blanches éclatantes. Chaque détour offre un nouveau point de vue sur la campagne environnante. Plus nous montons vers le château, plus les panoramas deviennent spectaculaires.
Du sommet des remparts, nous découvrons le gigantesque réservoir d'Alqueva. Patrick en profite pour établir un parallèle avec notre complexe Manic au Québec. Bien qu'il soit d'une autre nature, le barrage d'Alqueva figure parmi les plus importants d'Europe. Son immense réservoir joue un rôle essentiel dans l'irrigation des terres de l'Alentejo, transformant littéralement l'agriculture de la région.
Après avoir profité des paysages et immortalisé les lieux en photo, nous redescendons vers le point de rendez-vous. Patrick nous attend pour une photo de groupe.
Presque tout le monde est présent quelques minutes avant l'heure prévue.
Presque.
Quatre joyeux lurons (Roch, Jean-Claude, Monique et Jean-Paul) ont décidé d’agrémenter leur visite d'une bière fraîche et arrivent par deux chemins différents a l’heure exacte du rendez-vous.
Pendant que nous les attendons, la conversation dérive sur l'excellente cohésion du groupe. Quelqu'un affirme que nous sommes particulièrement unis. Un autre renchérit. Puis les jeux de mots commencent.
« Nous sommes tous unis... sauf ceux qui sont à la bière. Eux autres sont unis-broue ! »
Le niveau d'humour est discutable, mais le fou rire est bien réel.
Le dîner nous attend ensuite dans un magnifique vignoble. La table s'ouvre sur une salade de pommes de terre et d'oignons au vin rouge. Suivent des croquettes d'agneau, du poulet fermier en escabèche et une salade de sandre Pour le plat principal, nous dégustons une savoureuse portion d'agneau accompagnée d'une salade verte, servie avec un délicieux riz à l'agneau. Une tarte au citron meringuée vient conclure ce repas qui fait l'unanimité.
Tout comme à la fabrique de liège, la boutique du domaine connaît un franc succès. Vins, vinaigres et les fameux bols à pain semblables à ceux utilisés sur nos tables trouvent rapidement preneurs. Puisque plusieurs repartent les bras chargés d'achats, la séance de photos devant le vignoble semble se prolonger naturellement.
En sortant du restaurant, une autre réalité nous frappe de plein fouet : la chaleur.
Le thermomètre de l'autobus affiche 43 degrés lorsque nous montons à bord. Il faut un bon moment avant que la climatisation réussisse à reprendre le contrôle de la situation. Le trajet vers l'Algarve est long et plusieurs s'installent confortablement pour se reposer. Pour la première fois, les rideaux se ferment, chacun essayant de se protéger de la chaleur,
Pour être honnêtes, Sophie et Nathalie sont peut-être les gagnantes de la journée. Elles nous manquent toujours beaucoup, mais nous sommes plusieurs à convenir qu'elles auraient probablement moins apprécié cette longue route sous la chaleur écrasante de l'Alentejo !
Peu à peu, les paysages changent. La végétation devient différente. En fin de journée, nous arrivons enfin en Algarve et prenons possession de nos chambres à l'Aqua Pedra dos Bicos Hotel, où nous séjournerons pour les trois prochaines nuits.
Après cette journée particulièrement chaude, chacun adopte son propre programme. Certains partent immédiatement découvrir les alentours de l'hôtel. D'autres explorent les installations. Mais la majorité opte pour une bonne douche rafraîchissante et un peu de repos bien mérité avant le souper.
À l’extérieur, la température redescend enfin à des niveaux plus confortables, 28 degrés juste avant le souper, tout le monde s’accorde pour dire que c’est bien plus frais que ce à quoi nous a habitués le Portugal depuis quelques jours. Nous nous réunissons au buffet de l’hôtel, mais après le souper, plusieurs profitent de cette douceur retrouvée pour aller marcher dans les environs.
Nous laissons derrière nous les villages fortifiés, les immenses domaines agricoles et les horizons infinis de l'Alentejo. Devant nous s'ouvrent maintenant les falaises, les plages et les paysages lumineux du sud du Portugal.
Un nouveau chapitre de notre aventure commence.




















































































































































