Accompagnée par
Louise Drouin
Villes visitées
Paris, Giverny, Longyearbyen, navigation Banquise

20 juillet – Enfin… le roi de l'Arctique!

Il y a des journées que l'on attend avec impatience… et il y a des moments qui dépassent toutes nos attentes. Cette journée du 20 juillet restera certainement gravée dans nos mémoires comme celle de notre merveilleuse rencontre avec le roi incontesté de l'Arctique : l'ours polaire.

La soirée précédente s'était prolongée tard. À bord du Commandant Charcot, il est presque impossible de réaliser qu'il est temps d'aller dormir. Le soleil ne se couche jamais et la lumière qui inonde notre cabine donne constamment l'impression d'être en plein jour.

Sophie et moi étions encore confortablement installées dans notre cabine à trier les magnifiques photos prises au cours de la journée lorsque, vers 1 h 30 du matin, le calme du navire est soudainement interrompu par le son de l'interphone.

Immédiatement, nous comprenons qu'il se passe quelque chose d'exceptionnel.

La voix calme du commandant retentit dans tout le navire :

« Chers passagers, nous avons repéré un ours polaire sur la banquise. Nous nous en approchons tranquillement. Vous avez le temps de vous habiller chaudement et de rejoindre les ponts extérieurs afin de profiter de ce moment exceptionnel. »

Quelle annonce!

En quelques instants, le bateau s'anime. Les portes des cabines s'ouvrent, chacun enfile rapidement ses vêtements les plus chauds et tous convergent vers les ponts extérieurs. L'excitation est à son comble.

Depuis le début de cette expédition, les naturalistes nous avaient expliqué qu'il était toujours possible d'observer des ours polaires jusque dans les hautes latitudes du pôle Nord géographique. Toutefois, les probabilités demeurent relativement faibles. L'ours dépend de la banquise pour se déplacer et surtout pour chasser le phoque, sa principale source de nourriture. Avec la fonte des glaces particulièrement importante cette année, les rencontres entre le 84e parallèle et le 90e degré Nord sont encore plus rares.

Avant même notre première sortie, les naturalistes nous avaient également sensibilisés à l'extraordinaire sensibilité de cet animal. Son ouïe est très fine et son odorat est tout simplement phénoménal. Il nous était donc demandé de demeurer parfaitement silencieux. Le moindre bruit, même la chute du bouchon d'un objectif de caméra sur le pont, pouvait suffire à le faire rebrousser chemin.

Et puis…

Il apparaît.

Majestueux.

Puissant.

Libre.

Comme s'il avait accepté de nous offrir un moment privilégié.

Le plus extraordinaire, c'est qu'il ne s'éloigne pas du navire. Bien au contraire. Il semble intrigué par notre présence. Lentement, il s'approche du bord de la glace, relève régulièrement la tête, tend les oreilles, observe le navire et paraît presque aussi curieux de nous que nous le sommes de lui.

J'avais déjà eu la chance d'observer des ours polaires lors d'une précédente expédition au Svalbard. Pourtant, jamais je n'avais assisté à un spectacle aussi extraordinaire. Celui-ci semblait vouloir nous offrir une véritable séance de photographie. Tantôt il s'asseyait tranquillement, tantôt il se couchait de tout son long. À certains moments, il roulait doucement sur la glace, étirait ses immenses pattes, levait les quatre pattes vers le ciel, se redressait ou tournait lentement la tête dans notre direction. Nous avions presque l'impression qu'il prenait plaisir à poser devant nos appareils photo.

Quelle rencontre extraordinaire!

À ce moment-là, je repense à tout ce que nous avions appris sur ce magnifique animal.

L'ours polaire (Ursus maritimus) est le plus grand carnivore terrestre de la planète. Un mâle adulte pèse généralement entre 400 et 700 kilogrammes, certains individus pouvant dépasser les 800 kilogrammes, et mesurer près de 3 mètres lorsqu'il se dresse sur ses pattes arrière. Les femelles, plus petites, pèsent habituellement entre 150 et 300 kilogrammes.

Dans la région que nous explorons, celle du Svalbard et de la mer de Barents, les scientifiques estiment que la population compte environ 3 000 ours polaires. Seuls quelques centaines vivent en permanence autour du Svalbard; la majorité suit les déplacements de la banquise entre l'archipel norvégien et les îles François-Joseph, en territoire russe.

Tout chez lui est conçu pour survivre dans cet environnement extrême. Son épaisse couche de graisse, sa peau noire qui absorbe la chaleur du soleil, ses poils creux qui emprisonnent l'air, ses petites oreilles et sa courte queue limitent les pertes de chaleur. Ses immenses pattes, larges comme des raquettes, lui permettent de marcher sur la glace sans s'enfoncer et de nager sur de très longues distances dans une eau glaciale.

Sa reproduction est tout aussi fascinante. Après l'accouplement au printemps, la femelle retarde naturellement le développement de l'embryon jusqu'à l'automne. Ce n'est que si elle possède suffisamment de réserves qu'elle poursuit sa gestation. Installée dans une tanière creusée dans la neige, elle donne généralement naissance à deux oursons, parfois un seul, plus rarement trois. À leur naissance, ils ne pèsent qu'environ 600 grammes, sont aveugles et totalement dépendants de leur mère. Ils resteront à ses côtés pendant près de deux ans et demi, apprenant patiemment à survivre dans cet univers de glace.

Un détail anatomique, rarement mentionné mais pourtant fascinant, concerne le pinceau pénien du mâle. Il s'agit d'une touffe de longs poils située à l'extrémité du fourreau pénien. Les biologistes estiment que ces poils contribuent à protéger cette région particulièrement sensible du froid, de la neige et de la glace, tout en offrant une isolation supplémentaire dans un environnement aux températures extrêmes. Les naturalistes nous ont également appris que ce pinceau constitue un excellent indice pour identifier le sexe de l'animal. Lorsqu'il est bien visible, il permet de reconnaître un mâle, même à bonne distance, sans avoir à s'en approcher. C'est une autre remarquable adaptation de l'ours polaire à la vie dans le Grand Nord.

En le regardant évoluer librement devant nous, nous comprenons à quel point cet animal est intimement lié à la banquise. Sans elle, il ne peut chasser efficacement ni assurer sa survie. Cette rencontre nous émerveille autant qu'elle nous rappelle la fragilité de cet écosystème exceptionnel. En observant ce majestueux animal évoluer librement sur la banquise, nous comprenons rapidement pourquoi il est devenu le symbole de l'Arctique. Sa puissance impressionne, mais c'est surtout son extraordinaire capacité d'adaptation à l'un des environnements les plus hostiles de la planète qui force l'admiration. Avoir le privilège de le contempler dans son habitat naturel est une émotion indescriptible et représente, pour bien des voyageurs, l'aboutissement du rêve d'une vie.

Pendant près de quarante-cinq minutes, il nous offre un véritable spectacle. Nous l'observons pendant près d'une heure à marcher tranquillement sur la glace, à venir près du plan d'eau, à s'asseoir, à nous observer avec curiosité et à adopter les plus belles poses imaginables.

Comme plusieurs photographes à bord, je ne cesse de déclencher mon appareil.

Au total, j'aurai pris plus de 225 photos de ce magnifique ambassadeur de l'Arctique. Au moment de préparer ce récit, j'ai soigneusement sélectionné les plus belles images. Pourtant, malgré tous mes efforts, je n'ai pas réussi à réduire davantage ma sélection. Vous en découvrirez une cinquantaine, car chacune possède son charme et raconte un instant différent de cette rencontre inoubliable.

Après près d'une heure d'observation, notre majestueux visiteur poursuit tranquillement son chemin sur la banquise.

Nous regagnons notre cabine, le cœur rempli d'émotion.

Impossible d'aller dormir immédiatement!

Sophie et moi revivons la scène en regardant nos photos une à une.

Les « Wow! », les « Regarde celle-ci! », les « Comme il est beau! » et les « Quel moment exceptionnel! » se succèdent sans arrêt.

Lorsque nous nous couchons enfin, il est déjà près de 5 heures du matin.

Après une courte nuit de sommeil, une nouvelle aventure nous attend.

Aujourd'hui, c'est à notre tour d'aller jouer sur la banquise!

Les équipes de Ponant ont aménagé un magnifique espace récréatif directement sur la glace. Chacun peut choisir son activité : promenade, randonnée en raquettes ou ski de fond. Voir tous ces voyageurs évoluer au milieu de cet immense désert blanc est un véritable bonheur.

Les rires fusent, les appareils photo crépitent et plusieurs membres de notre groupe participent avec enthousiasme à ces activités aussi insolites qu'inoubliables. Encore une fois, les souvenirs s'accumulent à un rythme incroyable.

Après cette belle activité extérieure, quel plaisir de retrouver la chaleur réconfortante du Commandant Charcot pour savourer un autre excellent dîner.

L'après-midi est consacrée à une nouvelle conférence présentée par les naturalistes. Comme toujours, leurs explications enrichissent notre compréhension de cet univers polaire fascinant et rendent chaque journée encore plus passionnante.

En début de soirée, nous retrouvons notre traditionnel rendez-vous de l'apéro, mais cette fois dans une ambiance toute particulière.

C'est le Cocktail des officiers, l'une des plus belles traditions à bord des navires Ponant.

Le thème de la soirée est le blanc. Tous les passagers sont invités à porter une tenue blanche ou agrémentée de blanc. C'est un réel plaisir de constater que la grande majorité joue le jeu avec enthousiasme. Notre groupe de Voyage Louise Drouin est lui aussi au rendez-vous. Tous sont élégamment vêtus de blanc, créant une ambiance chic, festive et chaleureuse.

Le dîner de gala qui suit est, une fois de plus, digne des plus grandes tables françaises.

La soirée se poursuit ensuite avec un magnifique spectacle de tango. Les danseurs sont accompagnés par cette chanteuse que nous apprécions tant depuis le début de la croisière. Sa voix chaleureuse, alliée à l'élégance des danseurs, offre une conclusion parfaite à cette journée déjà exceptionnelle.

Au moment de regagner notre cabine, une seule image revient sans cesse dans nos pensées : celle de ce majestueux ours polaire, libre sur sa banquise, venu nous offrir l'un des plus beaux cadeaux que l'Arctique pouvait nous réserver.

Des journées comme celle-ci ne s'oublient jamais. Elles deviennent ces souvenirs précieux que l'on conservera toute notre vie. Pour plusieurs d'entre nous, cette rencontre avec le roi de l'Arctique représentait le rêve d'une vie. Ce soir, ce rêve est devenu réalité.


Louise