Accompagnée par
Louise Drouin
Villes visitées
Paris, Giverny, Longyearbyen, navigation Banquise

22 juillet – Le bonheur de retrouver la terre… et les merveilles du Svalbard

Après plusieurs journées passées au cœur de la banquise, à naviguer dans cet univers de glace qui nous aura conduits jusqu'au pôle Nord géographique, nous poursuivons maintenant notre route en direction du Svalbard.

La navigation est toujours aussi exceptionnelle. Plusieurs personnes nous avaient demandé, avant le départ, si la mer risquait d'être agitée. Force est de constater que nous avons été particulièrement privilégiés. Depuis plusieurs jours, la mer est d'un calme remarquable et notre progression se fait tout en douceur.

Les derniers morceaux de glace dérivante flottent encore autour de nous. Ce sont les ultimes vestiges de la banquise que nous quittons progressivement. En les observant disparaître peu à peu derrière le navire, on réalise tout le chemin parcouru depuis notre arrivée dans le Grand Nord.

Un autre signe annonce notre retour vers les terres : les oiseaux sont de plus en plus nombreux. Plusieurs accompagnent le navire, profitant des courants d'air créés par notre passage. Sophie en profite pour immortaliser quelques magnifiques clichés de ces élégants oiseaux posés sur les plaques de glace ou volant tout près de nous. La lumière est toujours aussi extraordinaire. Ici, le soleil demeure omniprésent et baigne les paysages d'une luminosité douce qui semble ne jamais vouloir s'éteindre.

Le plaisir de retrouver la terre ferme

Ce matin, une belle surprise nous attend : notre premier débarquement sur la terre ferme depuis notre départ vers le pôle Nord.

Depuis plusieurs jours, nos promenades se déroulaient exclusivement sur la banquise. Quelle aventure extraordinaire nous y avons vécue! Mais aujourd'hui, c'est avec un plaisir tout particulier que nous retrouvons une véritable plage.

Nous embarquons à bord de nos zodiacs pour rejoindre Phippsøya, l'une des îles les plus septentrionales de l'archipel du Svalbard, située dans le groupe des Sept-Îles (Sjuøyane), mais non nous ne sommes pas au Québec, mais cela me fait penser à Nicole et Michel de Sept-Îles, qui suivent certainement notre récit. Cette île porte le nom de Constantine John Phipps, explorateur britannique qui mena en 1773 l'une des premières expéditions scientifiques vers le pôle Nord. Même s'il ne parvint pas à atteindre son objectif, son voyage permit de mieux connaître cette région encore largement inexplorée.

En débarquant, nous réalisons rapidement que nous nous sommes peut-être un peu trop couverts! Avec très peu de vent et une température oscillant autour de 4 à 5 °C, les conditions sont étonnamment agréables.

D'ailleurs, plusieurs d'entre vous m'ont demandé quelle température nous avons connue au pôle Nord. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le froid n'a jamais été aussi intense qu'on l'imagine. Les températures variaient généralement entre 0 °C et 4 °C, le refroidissement étant surtout causé par le vent. Les journées les plus fraîches donnaient une impression d'environ –4 ou –5 °C, mais nous avons toujours été très confortables grâce à nos vêtements adaptés.

Une rencontre avec le seigneur des plages arctiques

Notre promenade nous conduit le long d'une magnifique plage où se trouvent quelques vestiges du passage des hommes.

Une petite cabane en bois attire particulièrement notre attention. Elle rappelle les nombreuses expéditions scientifiques, les chasseurs, les trappeurs et les hivernants qui ont fréquenté ces îles isolées au cours des siècles. Ces modestes refuges représentaient souvent leur seule protection contre les rigueurs de l'Arctique.

Mais la vedette de notre matinée nous attend un peu plus loin.

Un magnifique morse se détend dans la mer tout près de la plage.

Nous avons la chance de pouvoir l'observer à une distance respectueuse tout en profitant pleinement du spectacle. Quel animal impressionnant! Avec ses longues défenses, ses épaisses moustaches sensibles et son imposante silhouette pouvant dépasser une tonne chez les mâles, le morse est parfaitement adapté à la vie dans les eaux glaciales.

Les naturalistes nous rappellent que l'histoire des morses au Svalbard est aussi une formidable histoire de renaissance.

Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, la chasse intensive pour l'ivoire de leurs défenses, leur graisse et leur peau fit presque disparaître l'espèce de l'archipel. La population chuta dramatiquement et ne comptait plus que quelques centaines d'individus au début du XXᵉ siècle.

Heureusement, la protection intégrale instaurée en 1952 a complètement changé leur destinée. Aujourd'hui, plusieurs milliers de morses fréquentent à nouveau les eaux de la mer de Barents et du Svalbard, faisant de chaque rencontre un magnifique symbole de la réussite des efforts de conservation.

Autour de nous, la vie reprend également ses droits.

De petites fleurs arctiques colorent discrètement le paysage. Mousses, lichens et minuscules plantes profitent du très court été polaire pour fleurir rapidement sous le soleil de minuit. Malgré les conditions extrêmes, la nature trouve toujours le moyen de s'exprimer.

Pendant ce temps, plusieurs de nos voyageurs, notamment les jeunes de la famille Pastor, décident de pousser l'exploration un peu plus loin en gravissant les petites collines environnantes. Leur enthousiasme est communicatif et ils reviennent avec de magnifiques points de vue sur cette île isolée du bout du monde.

Chermsideøya : marcher dans l'un des paysages les plus septentrionaux de la planète

Après un agréable dîner à bord et un moment de repos, nous repartons en zodiac pour notre deuxième débarquement de la journée.

Cette fois, nous découvrons Chermsideøya, une autre île des Sept-Îles.

Une petite plage nous accueille avant une montée douce menant vers un superbe belvédère naturel.

La randonnée est accessible à tous, mais suffisamment active pour nous permettre de nous dégourdir les jambes après plusieurs journées passées principalement à bord du navire.

Les paysages sont grandioses.

Devant nous s'étendent les montagnes du nord du Svalbard, les fjords et les étendues maritimes où flottent encore quelques plaques de glace.

La faune est également au rendez-vous.

En poursuivant un peu plus loin leur promenade, Éric Alexandre réussit à photographier un magnifique renne du Svalbard. Quelle belle prise! Cette sous-espèce, unique à l'archipel, est plus petite, plus trapue et particulièrement bien adaptée aux longs hivers polaires. Son épaisse fourrure lui permet de résister à des températures extrêmement rigoureuses.

Cette photographie viendra enrichir les merveilleux souvenirs de cette journée.

Une cuisine digne des plus grandes tables

De retour à bord, nous profitons encore quelques instants des salons panoramiques avant de nous préparer pour le souper.

Une autre surprise nous attend.

Ce soir, les chefs quittent leurs cuisines pour venir à la rencontre des passagers dans la grande salle à manger.

Ils nous proposent une soirée consacrée aux saveurs de l'Italie.

Quel festin!

Chaque plat est préparé avec un soin remarquable, dans l'esprit de la gastronomie imaginée par Alain Ducasse, dont les créations inspirent les menus servis à bord du Commandant Charcot.

Tout est absolument délicieux.

La qualité des ingrédients, la présentation des assiettes, les parfums, les saveurs… tout est réuni pour faire de ce repas une véritable expérience gastronomique.

Je prends d'ailleurs énormément de photos de ces menus et de ces magnifiques présentations. Elles méritent vraiment d'être partagées avec vous tant elles témoignent du niveau exceptionnel de la cuisine offerte à bord.

Une autre journée remplie de bonheur

En repensant à cette journée, je réalise qu'elle marque une transition importante dans notre expédition.

Après avoir vécu l'immensité silencieuse de la banquise et atteint le pôle Nord géographique, nous retrouvons progressivement les paysages plus vivants du Svalbard.

Les oiseaux sont plus nombreux.

La végétation réapparaît timidement.

Les morses se prélassent sur les plages.

Les rennes parcourent les collines.

Et nous retrouvons, avec un immense bonheur, le plaisir tout simple de marcher à nouveau sur la terre ferme.

Chaque journée apporte son lot de découvertes et d'émotions.

Et ce soir encore, je me couche avec la certitude que cette expédition dépasse largement tout ce que j'avais pu imaginer. Le Grand Nord continue de nous émerveiller… un débarquement à la fois.

Le saviez-vous? – Le morse, le géant moustachu de l'Arctique

Impossible de demeurer indifférent devant un morse! Avec son imposante silhouette, ses longues défenses d'ivoire et ses impressionnantes moustaches, il est l'un des animaux les plus emblématiques des régions polaires.

Un mâle adulte peut mesurer jusqu'à 3,5 mètres de longueur et peser entre 1 200 et 1 500 kilogrammes, ce qui en fait l'un des plus grands mammifères marins de l'Arctique. Ses deux longues défenses, qui peuvent atteindre près d'un mètre, ne lui servent pas principalement à se défendre. Elles sont utilisées pour se hisser hors de l'eau sur la glace, établir sa dominance lors des affrontements entre mâles et impressionner ses rivaux pendant la période de reproduction.

Ses épaisses moustaches, appelées vibrisses, comptent plusieurs centaines de poils extrêmement sensibles. Elles lui permettent de détecter les coquillages, palourdes, moules et autres petits animaux enfouis dans les fonds marins, même dans l'obscurité complète. Le morse aspire ensuite sa nourriture avec une puissance étonnante, un peu comme un puissant aspirateur naturel.

Excellent nageur, il peut rester en plongée pendant une dizaine de minutes et descendre à plus de 80 mètres de profondeur pour se nourrir. Grâce aux mesures de protection mises en place depuis 1952, sa population s'est remarquablement rétablie. Aujourd'hui, plusieurs milliers de morses fréquentent de nouveau les côtes du Svalbard, offrant aux voyageurs le privilège d'observer l'un des plus impressionnants ambassadeurs de l'Arctique dans son habitat naturel.

Notre navire restera sur place pour la nuit.

A demain pour une autre journée de découverte

Louise