Accompagnée par
Louise Drouin
Villes visitées
Paris, Giverny, Longyearbyen, navigation Banquise

26 juillet – Une dernière journée au cœur du royaume des glaciers

Déjà le 26 juillet… Notre dernière véritable journée d'expédition au Svalbard. Demain matin, il sera temps de quitter le Commandant Charcot et de reprendre doucement le chemin du retour. Nous avons toutefois encore une magnifique journée devant nous et, comme si l'Arctique voulait nous offrir un dernier cadeau, le réveil se fait sous un ciel parfaitement dégagé.

Pour Sophie et moi, cette date revêt aussi une signification toute particulière. Le 26 juillet, c'est la fête de Sainte-Anne. Originaires de Sainte-Anne-de-Beaupré, nous avons naturellement une pensée pour notre famille, nos amis et tous ceux qui célèbrent cette journée au Québec. C'est un petit clin d'œil à notre coin de pays, alors que nous nous trouvons à plusieurs milliers de kilomètres de la maison.

En ouvrant les rideaux de notre cabine, un décor spectaculaire nous accueille une fois de plus. Les glaciers plongent directement dans la mer, les montagnes se reflètent sur une eau calme et la température, autour de 4 ou 5 degrés, est étonnamment agréable. Depuis notre arrivée au Svalbard, nous avons véritablement été choyés par la météo. Tous les membres de l'équipe nous le répètent : nous avons bénéficié de conditions exceptionnelles.

Notre premier débarquement est prévu vers 9 h 30, dans la magnifique baie de Burgerbukta, au fond du spectaculaire Hornsund, considéré comme l'un des plus beaux fjords du sud du Spitzberg. Son nom signifie littéralement « la baie des Glaciers », et il suffit d'y poser les yeux pour comprendre pourquoi. Tout autour de nous, d'immenses langues glaciaires descendent des montagnes avant de venir mourir dans la mer. Ce paysage est en perpétuelle transformation. Chaque année, les glaciers avancent, reculent, vêlent et redessinent lentement cette partie du monde.

Le navire étant ancré tout près du rivage, la traversée en zodiac ne dure que quelques minutes avant que nous mettions pied à terre. Comme toujours, les équipes d'expédition de Ponant prennent le temps de sécuriser tout le secteur. Les naturalistes se déploient autour du périmètre, observent les environs à l'aide de jumelles et demeurent constamment en communication. Ici, nous sommes les visiteurs… et l'ours polaire demeure le véritable maître des lieux.

Très rapidement, nous découvrons justement de magnifiques empreintes d'ours polaire. Selon nos naturalistes, elles sont relativement récentes. Voilà qui ajoute un petit frisson à notre randonnée! Nous poursuivons néanmoins notre marche en toute confiance, sachant que notre sécurité est assurée par une équipe d'expédition d'un professionnalisme remarquable.

Nous avançons tranquillement le long du glacier, admirant les reliefs sculptés par la glace depuis des milliers d'années. Chaque détour révèle un nouveau panorama. Les appareils photo fonctionnent sans arrêt et chacun tente de capturer la beauté de ce décor grandiose qui semble presque irréel. Afin de vous démontrer la dimension nous avons fait des photos de notre main et de la patte. Impressionnant!

Après cette belle randonnée, nous reprenons nos zodiacs afin de nous enfoncer un peu plus profondément dans le fjord. C'est alors qu'une magnifique surprise nous attend. Installé paisiblement sur un imposant morceau de glace flotte un phoque barbu. Il semble complètement indifférent à notre présence et poursuit tranquillement sa sieste pendant que nous l'observons.

Le phoque barbu est l'un des plus impressionnants phoques de l'Arctique. Il peut mesurer plus de 2,5 mètres et peser près de 400 kilogrammes. Son nom provient de ses longues moustaches très développées qui lui servent de véritables détecteurs lorsqu'il fouille le fond marin à la recherche de mollusques, de crustacés et de poissons. Généralement solitaire, il aime se reposer sur les plaques de glace dérivantes entre deux périodes d'alimentation. Celui que nous observons aujourd'hui semble parfaitement détendu, comme s'il posait volontairement pour nos photographes.

Nous regagnons ensuite le Commandant Charcot afin de prendre notre dîner. À peine sommes-nous installés que la voix du capitaine Patrick Marchesseau résonne dans tout le navire. Depuis la passerelle, deux ours polaires viennent d'être aperçus marchant le long du rivage.

Autant dire que le dîner attendra quelques minutes!

En quelques secondes, les ponts extérieurs se remplissent de voyageurs, appareils photo à la main. Au loin, nous apercevons les deux ours qui avancent tranquillement sur la côte. Quelle magnifique surprise! Il s'agit de notre troisième observation d'ours polaires depuis le début de cette expédition. Ils sont un peu loin

Au Svalbard, la protection des ours polaires est prise très au sérieux. Les autorités norvégiennes imposent des règles strictes afin de préserver leur comportement naturel et d'assurer la sécurité des visiteurs. En règle générale, une distance minimale de 300 mètres doit être respectée. Durant la période d'accouplement ou dans toute situation où l'animal pourrait être dérangé, cette distance est portée à 500 mètres, voire davantage si les circonstances l'exigent. Ces mesures permettent aux ours polaires de demeurer totalement sauvages, tout en offrant aux voyageurs le privilège de les observer dans le plus grand respect.


Après cette belle rencontre, nous reprenons enfin notre repas avant de nous préparer pour notre dernière excursion de l'après-midi.

Cette fois, nous nous dirigeons vers le secteur du Samarinbreen, l'un des plus imposants glaciers du Hornsund. Alimenté par plusieurs langues glaciaires descendant des montagnes voisines, il offre un panorama d'une beauté exceptionnelle. La lumière de l'après-midi fait ressortir toutes les nuances de bleu de la glace, tandis que les sommets enneigés se reflètent dans les eaux calmes du fjord.

Les plus courageux de notre groupe entreprennent une randonnée un peu plus sportive afin d'atteindre un point de vue dominant le glacier. Les efforts sont largement récompensés. Les photographies rapportées sont tout simplement magnifiques et amusantes. D'autres préfèrent marcher plus doucement dans la toundra environnante, profitant de ces derniers instants au cœur de cette nature si fragile. C'est toujours étonnant de constater combien la vie réussit à s'épanouir ici. Les mousses, les lichens et les minuscules fleurs arctiques colorent délicatement le paysage, rappelant que même sous ces latitudes extrêmes, la nature trouve toujours sa place.

En fin d'après-midi, nous nous retrouvons une dernière fois au théâtre pour les activités de clôture. Comme le veut la tradition à bord du Commandant Charcot, un tirage est organisé au profit des activités destinées aux membres de l'équipage. Puis vient le très attendu concours de photographies.

Quelle immense fierté pour nous!

Notre Sophie voit deux de ses photographies sélectionnées parmi les cinq catégories du concours. Une magnifique reconnaissance de son talent et de son regard toujours juste sur la beauté de la nature. J'éprouve moi aussi une belle satisfaction en voyant ma photographie d'ours polaire figurer parmi les images retenues de cette catégorie. Après toutes ces heures passées à observer la faune, ces petits honneurs prennent une saveur toute particulière.

Nous partageons ensuite un dernier cocktail entre voyageurs avant de nous rendre à la salle à manger pour notre ultime souper à bord. Les conversations sont animées. Chacun raconte son moment préféré, échange ses photographies et réalise doucement que cette aventure touche déjà à sa fin.

En quittant le restaurant, nous prenons quelques minutes pour admirer une dernière fois le paysage depuis les ponts extérieurs. La lumière a légèrement changé. Les nuits commencent très doucement à reprendre leurs droits sur le Svalbard, laissant apparaître des teintes plus douces que celles de notre arrivée. Les glaciers se parent de reflets argentés et les montagnes semblent nous saluer une dernière fois.

Nous regagnons ensuite notre cabine afin de fermer nos valises. Les bottes d'expédition sont rangées, les appareils photo soigneusement préparés pour le voyage du lendemain et, avant d'éteindre les lumières, nous jetons un dernier regard vers ce monde de glace.

Nous savons déjà que demain nous quitterons le Svalbard.

Mais nous savons aussi qu'une partie de notre cœur y restera à jamais.

Pendant ces journées extraordinaires, nous aurons découvert bien plus qu'une destination. Nous aurons appris à vivre au rythme de la glace, des marées, des oiseaux, des morses, des phoques, des baleines et des ours polaires. Nous aurons surtout compris que le véritable luxe d'une expédition comme celle-ci réside dans ces instants où l'on prend simplement le temps de contempler une nature encore totalement libre.

Merci, magnifique Svalbard… et à bientôt, nous l'espérons.

Louise