27 juillet – Au revoir, Le Commandant Charcot… et merci pour cette aventure extraordinaire
Le soleil est une fois de plus au rendez-vous lorsque nous ouvrons les rideaux de notre cabine. Pour cette dernière matinée au Svalbard, la météo nous offre encore un magnifique cadeau. Le ciel est dégagé, l'air est calme et la pluie est toujours absente. En repensant aux deux dernières semaines, nous réalisons à quel point nous avons été privilégiés. Que ce soit sur la banquise du pôle Nord ou au cœur des fjords du Svalbard, les conditions météorologiques auront été tout simplement exceptionnelles. Tous les membres de l'expédition le confirment : rares sont les voyages qui bénéficient d'une telle succession de journées aussi favorables.
Nous avons passé une excellente dernière nuit à bord du Commandant Charcot. Ce matin, notre débarquement est prévu à 9 h 05, un horaire idéal qui nous permet de profiter une dernière fois du confort de notre cabine. Nous quittons tranquillement notre chambre vers 8 heures, savourons un dernier petit déjeuner en admirant les paysages du Svalbard qui défilent encore derrière les immenses baies vitrées, puis il est déjà temps de dire au revoir à ce navire exceptionnel qui nous aura conduits jusqu'au pôle Nord géographique.
Comme à notre arrivée, le débarquement s'effectue à bord des bateaux-navettes qui nous conduisent jusqu'au quai de Longyearbyen. Une charmante guide francophone nous accueille avec le sourire et nous invite à monter à bord de notre autocar Ponant afin de terminer cette expédition par une dernière découverte de la capitale du Svalbard.
Notre première visite nous conduit dans un chenil spécialisé dans les chiens de traîneau, une véritable institution au Svalbard. Ici, les chiens demeurent de véritables compagnons de travail. Bien avant l'arrivée des motoneiges, ils constituaient le principal moyen de transport des trappeurs, des explorateurs et des scientifiques qui parcouraient ces immenses territoires enneigés. Encore aujourd'hui, ils accompagnent les expéditions hivernales grâce à leur incroyable endurance et à leur remarquable capacité à évoluer dans les conditions les plus difficiles.
Notre hôte nous explique avec passion le quotidien d'un musher. Ici, les chiens ne sont pas de simples animaux de compagnie; ils font partie de la famille et de l'équipe de travail. Chaque chien possède sa personnalité, son tempérament et son rôle au sein de l'attelage. Le chien de tête, appelé le leader, est celui qui répond aux commandes du musher et guide toute l'équipe. Cette relation de confiance se construit au fil des années et devient essentielle pour évoluer en toute sécurité dans les immensités blanches de l'Arctique.
Nous apprenons également que les chiens ne cessent jamais vraiment de s'entraîner. Durant le court été arctique, lorsque la neige disparaît, les traîneaux sont remplacés par de robustes chariots munis de roues. Les attelages continuent ainsi de parcourir les vallées du Svalbard afin de maintenir leur excellente condition physique. À voir leur enthousiasme dès qu'ils comprennent qu'une sortie se prépare, on réalise rapidement que courir est pour eux un véritable bonheur.
Nous avons ensuite le bonheur de rencontrer ces magnifiques chiens. Très affectueux et étonnamment doux, ils viennent spontanément chercher quelques caresses. Ce moment privilégié nous permet de découvrir une autre facette de la vie au Svalbard et de constater le lien extraordinaire qui unit les mushers à leurs compagnons de toujours.
La visite se poursuit autour d'un bon café accompagné de délicieuses crêpes locales. Bien installés dans le chaleureux refuge des mushers, nous profitons de ce moment pour échanger avec notre guide, qui revient sur l'histoire du Svalbard ainsi que sur la présence de l'ours polaire, véritable emblème de l'archipel. Ces échanges viennent compléter tout ce que nous avons appris au cours de notre expédition.
Nous reprenons ensuite la route vers Longyearbyen. En traversant la ville, un détail attire rapidement notre attention : les motoneiges semblent être partout. Elles sont stationnées devant les maisons, les hôtels, les commerces ou simplement sur les terrains environnants. Au premier regard, on pourrait croire à un immense cimetière de motoneiges abandonnées. Pourtant, il n'en est rien. Au Svalbard, la motoneige est le principal moyen de transport pendant le long hiver. Lorsque la neige fond, elles sont tout simplement remisées… à l'extérieur! Plusieurs propriétaires prennent soin de les installer sur des palettes ou des chevalets de bois afin de les isoler du sol, tandis que d'autres les laissent directement sur la toundra jusqu'au retour des premières neiges. Dès les premières bordées de neige, toute cette impressionnante flotte reprend naturellement du service et la vie arctique recommence au rythme des motoneiges.
En poursuivant notre trajet, nous découvrons également de magnifiques étendues de linaigrettes, ces délicates fleurs blanches que l'on surnomme souvent les fleurs de coton ou herbes à coton. À perte de vue, leurs petits plumets blancs ondulent sous la brise, donnant l'impression que des milliers de flocons de neige se sont délicatement déposés sur la toundra. Cette plante, parfaitement adaptée aux milieux humides du pergélisol, est l'un des plus beaux symboles de l'été arctique et apporte une étonnante douceur à ces paysages pourtant si nordiques.
Un peu plus loin, notre guide s'arrête devant un panneau de signalisation pour le moins insolite annonçant une traversée d'ours polaires. Impossible de résister! Tout le groupe descend de l'autocar pour immortaliser ce moment. Nous nous amusons à prendre des photos en imitant les ours polaires, les bras relevés comme de grandes pattes et les doigts écartés pour faire semblant de sortir les griffes. Les éclats de rire fusent de toutes parts. Au fil de mes voyages, j'ai photographié des panneaux annonçant des traversées de kangourous en Australie, de tortues aux Galápagos ou encore d'orignaux au Québec… mais c'était la toute première fois que je posais devant un panneau avertissant de la présence d'ours polaires! Voilà un souvenir aussi amusant qu'inusité, qui rappelle qu'au Svalbard, la nature sauvage est omniprésente et que nous partageons ce territoire avec le plus grand prédateur de l'Arctique.
Nous poursuivons ensuite notre visite du centre de Longyearbyen, où notre guide nous fait découvrir une dernière fois cette étonnante petite ville située à plus de 78 degrés de latitude nord. Fondée en 1906 par l'homme d'affaires américain John Munro Longyear, dont elle porte toujours le nom, Longyearbyen s'est développée autour de l'exploitation du charbon. Pendant plus d'un siècle, les mines ont façonné l'économie, le paysage et la vie quotidienne de ses habitants.
Aujourd'hui, la ville tourne progressivement une importante page de son histoire. La dernière mine encore en activité, Mine 7, a fermé ses portes en 2025, marquant la fin de l'exploitation charbonnière à Longyearbyen. L'archipel se tourne désormais davantage vers la recherche scientifique, le tourisme d'expédition et la protection de cet environnement exceptionnel.
Le Svalbard appartient à la Norvège, mais bénéficie d'un statut particulier depuis le Traité du Svalbard, signé en 1920. Ce traité reconnaît la souveraineté norvégienne tout en permettant aux citoyens de nombreux pays signataires d'y vivre, d'y travailler et d'y mener certaines activités économiques. Cette situation unique explique le caractère international qu'a toujours conservé l'archipel.
Notre visite se termine au remarquable Musée du Svalbard, véritable incontournable pour comprendre cette région fascinante. Les expositions retracent l'histoire des premiers chasseurs, des baleiniers, des trappeurs, des explorateurs, des scientifiques et des mineurs qui ont façonné ces terres isolées au cœur de l'océan Arctique. On y découvre également la richesse de la faune, les effets des changements climatiques et les nombreux projets scientifiques qui font aujourd'hui du Svalbard un immense laboratoire naturel.
Cette visite vient merveilleusement compléter notre expédition. Après avoir vécu l'Arctique sur le terrain pendant près de deux semaines, nous comprenons encore davantage la richesse historique, humaine et scientifique de ce territoire absolument unique.
Il est ensuite temps de prendre la direction de l'aéroport.
Un vol charter spécialement affrété par Ponant nous attend. Comme lors de notre arrivée, cet appareil effectue une véritable rotation entre Paris et Longyearbyen. Après avoir déposé les nouveaux passagers venus vivre à leur tour cette extraordinaire aventure à bord du Commandant Charcot, il reprend immédiatement le chemin de la France avec notre groupe.
Le service est excellent, le repas vraiment délicieux, le champagne encore une fois nous est offert par Ponant et le vol se déroule dans les meilleures conditions.
Durant le vol de retour, j'ai la chance d'être assise près du hublot. En observant les paysages qui défilent sous nos ailes, j'aperçois soudain un magnifique chapelet d'îles perdues au milieu de l'Atlantique Nord. À la vue de leurs falaises abruptes et de leurs reliefs verdoyants, je crois reconnaître les îles Féroé, que j'ai eu le bonheur de découvrir lors d'un précédent voyage. Les revoir, cette fois depuis les airs, est un moment rempli d'émotion. Cet archipel autonome du royaume du Danemark compte dix-huit îles volcaniques sculptées par les glaciers, où les montagnes plongent directement dans l'océan. Isolées au cœur de l'Atlantique, elles offrent parmi les paysages les plus spectaculaires d'Europe du Nord. J'immortalise ce moment en prenant plusieurs photos, heureuse de retrouver, l'espace de quelques minutes, un endroit qui m'avait profondément marquée.
En fin d'après-midi, nous retrouvons l'aéroport Charles-de-Gaulle, où le Novotel, situé à seulement quelques minutes à pied du Terminal 3, nous accueille pour notre dernière nuit en Europe. Son emplacement est idéal et facilite grandement les déplacements avant notre vol du lendemain.
Après avoir pris possession de nos chambres, nous nous retrouvons tous autour d'un excellent souper, accompagné d'un bon verre de vin. L'ambiance est beaucoup plus détendue maintenant que les horaires d'expédition sont derrière nous. Les conversations vont bon train. Chacun partage ses plus beaux souvenirs, échange ses dernières photos et revit les moments forts de cette aventure hors du commun.
Pour Sophie et moi, cette soirée revêt également une signification toute particulière. C'est notre dernière soirée ensemble avant de reprendre chacune notre route. Demain matin, nos chemins se sépareront : Sophie prendra le TGV vers la Suisse, tandis que je poursuivrai mon voyage vers le Québec avec notre groupe. Comme toujours, ces quelques jours passés ensemble auront filé beaucoup trop vite. Partager une aventure aussi extraordinaire avec ma petite sœur est un privilège immense. Son enthousiasme, son regard de photographe et sa présence auront rendu ce voyage encore plus précieux. Nous nous quittons le cœur rempli de merveilleux souvenirs, avec la certitude qu'il ne s'agit que d'un au revoir… car nous rêvons déjà au prochain voyage que nous aurons la chance de vivre ensemble.
En refermant ma valise une dernière fois, je repense à tout ce que nous avons vécu depuis notre départ. Le pôle Nord géographique, les immenses glaciers, les morses, les phoques, les baleines, les ours polaires, les paysages grandioses du Svalbard et les rencontres qui ont marqué cette expédition resteront gravés dans ma mémoire pour toujours.
Mais avant de refermer définitivement ce magnifique chapitre, il me reste encore une dernière chose à faire.
Demain, je vous retrouverai une dernière fois pour partager avec vous mon bilan de cette extraordinaire aventure polaire, une expédition qui aura largement dépassé tous mes rêves et qui occupera, sans aucun doute, une place toute spéciale parmi les plus beaux voyages de ma vie.
Louise





























































































