Accompagnée par
Louise Drouin
Villes visitées
Paris, Giverny, Longyearbyen, navigation Banquise

24 juillet – Entre falaises, morses et baleines… une journée qui restera gravée dans nos mémoires

Et oui, encore une superbe journée nous attend au Svalbard! Au réveil, nous découvrons une météo absolument magnifique. La température oscille autour de 0 à 2 °C, mais le soleil est bien présent et le vent est presque absent. Après plusieurs jours passés dans l'archipel, nous réalisons à quel point nous sommes privilégiés. Au Svalbard, le temps peut changer en quelques instants et il est loin d'être garanti de pouvoir profiter d'aussi belles conditions. Une fois de plus, la nature nous offre son plus beau visage.

Notre excursion de l'avant-midi nous conduit vers Alkefjellet, sans doute l'une des falaises ornithologiques les plus spectaculaires de tout l'archipel. Nous prenons place à bord de nos zodiacs en compagnie de notre chère naturaliste Angélique. Au fil des jours, nous avons appris à apprécier ses immenses connaissances. Véritable encyclopédie vivante, elle possède ce merveilleux talent de rendre chaque paysage encore plus fascinant grâce à ses explications.

Nous avançons tranquillement sur une mer d'huile en direction des impressionnantes falaises. Devant nous se dressent d'immenses colonnes de basalte noir, atteignant près de 100 mètres de hauteur. Ces formations géologiques, issues d'une ancienne activité volcanique, contrastent magnifiquement avec les glaciers et les eaux calmes qui les entourent. À leurs pieds, un immense glacier complète ce décor grandiose.

Mais ce qui fait la renommée mondiale d'Alkefjellet, c'est avant tout sa spectaculaire colonie de guillemots de Brünnich. Des centaines de milliers d'oiseaux occupent les moindres corniches des falaises, si serrés les uns contre les autres que l'on se demande comment chacun retrouve sa place. Leurs cris résonnent sans interruption et leurs vols incessants animent le ciel dans un ballet extraordinaire. Ces remarquables oiseaux marins passent la majeure partie de leur existence en mer et ne reviennent sur les falaises que durant le très court été arctique afin d'y nicher et d'élever leur unique poussin. Quelques semaines seulement après sa naissance, celui-ci réalise un exploit incroyable : avant même de savoir voler, il se jette dans le vide depuis les falaises, parfois d'une hauteur de près de cent mètres. Son père l'attend dans la mer et l'accompagne ensuite durant plusieurs semaines, tandis que la mère demeure encore quelque temps à la colonie. À la fin de l'été, tous quittent progressivement le Svalbard pour gagner les eaux de la mer de Barents, de la mer de Norvège et de l'Atlantique Nord, avant de revenir fidèlement nicher ici au printemps suivant.

La veille, les naturalistes nous avaient lancé un avertissement avec beaucoup d'humour : avec autant d'oiseaux au-dessus de nos têtes, mieux valait porter un chapeau… ou relever le capuchon de notre manteau! Notre sympathique Bernard, toujours prêt à plaisanter, avait même coiffé sa tête d'un sac à ordures afin d'éviter tout « cadeau » venu du ciel. Finalement, une seule passagère de notre zodiac aura cette chance : notre chère Claude! Heureusement, elle a accueilli l'événement avec beaucoup de bonne humeur. Après tout, on dit que cela porte bonheur, et nous avons tous bien ri de cette anecdote.

Pendant que nous longeons les falaises, Angélique attire soudain notre attention sur un magnifique renard polaire. J'ai la chance de réussir quelques belles photographies. Son pelage est actuellement brun-gris, parfaitement adapté aux couleurs de la toundra et des rochers. L'hiver venu, il deviendra entièrement blanc afin de disparaître dans le paysage enneigé. Les renards fréquentent régulièrement Alkefjellet, profitant des œufs ou des jeunes oiseaux tombés des falaises. Les ours polaires viennent eux aussi parfois s'y nourrir lorsque les conditions de chasse au phoque deviennent plus difficiles. Aujourd'hui, aucun ours n'est au rendez-vous, mais Angélique nous raconte qu'elle a déjà eu la chance d'en observer un ici même. Nous poursuivons tranquillement notre navigation, émerveillés par cette immense cathédrale de pierre, le glacier majestueux et cette vie sauvage omniprésente. Ce qui impressionne tout autant, c'est d'être pratiquement seuls. Nous explorons l'un des sites les plus célèbres du Svalbard sans apercevoir un seul autre navire.

De retour à bord, une autre surprise nous attend. Le chef exécutif Florent Delfortrie et toute sa brigade nous ont préparé un immense buffet gourmand. J'avais déjà eu le plaisir de naviguer avec lui lors de ma croisière des marchés de Noël en mer Baltique, et j'en gardais un excellent souvenir. Quelle joie de le retrouver à bord du Commandant Charcot! J'en profite d'ailleurs pour rassurer les voyageurs qui partiront avec Martine en novembre prochain : Florent m'a confirmé qu'il sera également le chef exécutif de cette croisière. Vous serez entre d'excellentes mains!

Le buffet est tout simplement spectaculaire. Une impressionnante présentation de fruits de mer attire immédiatement tous les regards : immenses pattes de crabe royal de Norvège, crevettes, huîtres, coquillages, sans oublier les magnifiques plateaux de fromages, les charcuteries, les salades, les desserts et les impressionnantes pièces montées. J'ai pris de nombreuses photos tellement cette présentation était digne des plus grands hôtels. À bord du Commandant Charcot, ces grands buffets sont toujours de véritables événements gastronomiques.

En après-midi, nous mettons le cap vers Torellneset, situé au sud-est du Spitzberg, en bordure du détroit d'Hinlopen. Ce secteur est particulièrement réputé pour sa vaste plage où viennent se reposer les morses de l'Atlantique. Après avoir frôlé l'extinction en raison d'une chasse intensive aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles pour leur graisse, leur cuir et leur ivoire, ces impressionnants mammifères marins sont aujourd'hui protégés et leur population se rétablit progressivement.

Comme toujours, l'équipe d'expédition effectue une reconnaissance des lieux avant tout débarquement. Rapidement, la nouvelle tombe : un ours polaire a été aperçu dans le secteur. La décision est immédiate. Le débarquement est annulé. La sécurité des passagers demeure la priorité absolue, tout comme le respect de la tranquillité de l'ours.

Qu'à cela ne tienne! Nous reprenons place dans nos zodiacs afin d'explorer le secteur depuis la mer. Cette décision nous permet finalement de profiter d'un autre point de vue tout aussi spectaculaire. Devant nous s'étend une immense calotte glaciaire qui recouvre une grande partie de cette région du Svalbard. Les glaciers descendent lentement vers la mer et composent un paysage d'une pureté exceptionnelle. Sur la plage, plusieurs morses dorment paisiblement, étendus les uns contre les autres. Nous les observons longuement sans jamais troubler leur repos, pendant qu'Angélique continue de partager avec nous ses passionnantes explications sur leur mode de vie et leur étonnante adaptation aux conditions extrêmes de l'Arctique.

Nous avons vu aussi des petit eiders à duvet. En Suisse c'est grâce à ce canard, qu'ils produisent une des couette en duvet les plus dispendieuse au monde. La marque est Eiger et une couette pourrait se détailler plus de 10,000$.

Après le souper, chacun profite tranquillement de la soirée lorsque, vers 21 heures, la voix du capitaine Patrick Marchesseau résonne dans le navire. Nous savons tous que lorsqu'il prend la parole à une heure aussi inhabituelle, quelque chose d'exceptionnel est en train de se produire.

En quelques minutes, nous gagnons les ponts extérieurs.

Deux magnifiques baleines à bosse évoluent tout près du Commandant Charcot.

Pendant plus de trente minutes, elles nous offrent un spectacle absolument fascinant. Elles sont en pleine alimentation. Nous observons leurs puissants souffles, les immenses nuages de bulles qu'elles utilisent pour regrouper les poissons, leurs impressionnantes gueules qui émergent parfois de la surface et leurs courtes plongées successives. Chaque immersion nous offre un nouveau cadeau : leurs immenses queues se dressent lentement au-dessus de l'eau avant de disparaître dans les profondeurs. Les appareils photo crépitent sans arrêt.

Autour des baleines, des centaines d'oiseaux marins tourbillonnent dans toutes les directions. Eux aussi profitent des bancs de poissons concentrés par les baleines. Toute la mer semble en mouvement. Entre les oiseaux qui plongent, les souffles des baleines, leurs puissantes émergences et les éclaboussures provoquées par cette intense activité, le spectacle est d'une richesse incroyable. Les baleines s'approchent même du navire, la lumière est parfaite, la mer est calme et les montagnes baignent dans la douce lumière du soleil de minuit. Les conditions sont idéales et nous prenons des centaines de photographies.

Curieusement, malgré la beauté du spectacle, plusieurs voyageurs ne sont pas montés sur les ponts. Pour ceux d'entre nous qui avons répondu à l'appel du capitaine, ce moment restera assurément parmi les plus beaux souvenirs de toute cette expédition.

Quelle journée extraordinaire! Les impressionnantes falaises d'Alkefjellet, les centaines de milliers de guillemots de Brünnich, l'observation d'un renard polaire, un buffet gastronomique exceptionnel signé Florent Delfortrie et sa brigade, les morses de Torellneset, puis cet inoubliable spectacle de deux baleines à bosse dans la lumière dorée du soir… Il est difficile d'imaginer plus belle façon de conclure cette journée.

Certaines journées de voyage sont magnifiques. D'autres deviennent inoubliables.

Le 24 juillet fera incontestablement partie de celles que nous raconterons encore longtemps, tant la nature nous a offert, du matin jusqu'au soir, un enchaînement de moments d'une rare intensité.

Le saviez-vous? Les baleines à bosse sont de retour au Svalbard

Le saviez-vous? Les majestueuses baleines à bosse n'ont pas toujours été aussi nombreuses dans les eaux du Svalbard. Au début du XXᵉ siècle, la chasse commerciale les avait pratiquement fait disparaître de cette région de l'Arctique. Grâce à leur protection internationale et à l'interdiction de la chasse commerciale, leurs populations se rétablissent progressivement depuis plusieurs décennies.

Chaque été, ces géantes des mers entreprennent un incroyable voyage de plusieurs milliers de kilomètres. Après avoir passé l'hiver dans les eaux tropicales ou subtropicales, où elles se reproduisent et mettent bas, elles remontent vers les eaux froides du Svalbard, particulièrement riches en krill, en capelans et en harengs. Elles viennent ici pour une seule raison : se nourrir intensément afin d'accumuler les réserves de graisse qui leur permettront de survivre à leur prochaine migration.

Une baleine à bosse adulte peut mesurer jusqu'à 16 mètres de longueur et peser près de 40 tonnes. Malgré son impressionnante taille, elle est reconnue pour son agilité et pour ses techniques de chasse très élaborées. L'une des plus spectaculaires est la chasse au filet de bulles : plusieurs baleines nagent en cercle sous un banc de poissons tout en expulsant de l'air, créant un véritable rideau de bulles qui emprisonne les poissons. Elles remontent ensuite ensemble, la gueule grande ouverte, engloutissant des milliers de proies en une seule bouchée.

Les baleines à bosse sont également célèbres pour leurs chants complexes, principalement émis par les mâles durant la saison de reproduction. Ces vocalises peuvent durer plus de vingt minutes et être entendues à plusieurs dizaines de kilomètres sous l'eau, constituant l'un des phénomènes les plus fascinants du monde marin.

Louise